institut lumière

La Jeune fille au carton à chapeau de Boris Barnet

Acteurs :  Anna Sten, Vladimir Mikhaïlov, Vladimir Fogel, Ivan Koval-Samborski. Scénario de Valentin Turkin, Vadim Cherchenievitch.
Photographie de Boris Frantsisson, Boris Filchine.
URSS, 1927, 1h05, N&B

SYNOPSIS

Une jeune fille, Nastasa, habite avec son père non loin de Moscou. Elle fabrique des chapeaux à domicile et les livre à la capitale, au magasin de Madame Irène. Sur son chemin, elle fait la connaissance de Ilja, un jeune homme qui vient de la province. Dans les rues bruyantes de la ville, il erre sans succès à la recherche d’un logis. Déterminé et un tantinet grossier, il attire l’attention de Nastasa. Elle décide de lui venir en aide.

 

CRITIQUES

«La jeune fille au carton à chapeau, son premier chef d’oeuvre, pétillante histoire de billet de loterie et d’amour, enchaînement de situations désopilantes, charge aussi contre les nouveaux riches de la Nouvelle Economie politique.» Edouard Waintrop Libération – 23 juillet 1995

« Film sur la crise du logement, la cohabitation, la bourgeoisie de la NEP [Nouvelle politique économique, lancée par Lénine en 1921], c’est également un film de propagande : la ville de Moscou ayant émis un emprunt à lots, il faut en montrer tout l’intérêt. La « vieille » Russie survit encore et dérange la nouvelle. Le burlesque peut ainsi se marier à la comédie, la caricature à la poésie. Une féérie vraie apporte à la peinture la saveur douce-amère de ce qu’on ne verra pas deux fois. Le montage tisse les gags et le jeu dans une rigueur irrésistible. Barnet qui met en oeuvre ici les leçons de son maître le dépasse pourtant par un sens – poétique ou/et comique – de l’espace et du paysage, une intimité avec le monde ignorés de Koulechov, et auxquels une photo prodigieuse de sensualité et de présence nous fait accéder de plain-pied. » Barthélémy Amengual (Dossiers du cinéma

 Un style très proche des théories du père du cinéma Russe « Lev Koulechov »

« Le style du film s’inspire d’une manière très précise des théories chères à Lev Koulechov, qu’on a souvent nommé le « père du cinéma russe ». (…) [Koulechov] développa sa célèbre thèse sur l’importance du montage qui allait à travers Poudovkine et Eisenstein si puissamment marquer le cinéma russe muet (…). C’est également Koulechov qui, dans un de ses écrits théoriques avait proclamé « l’artiste peint au cinéma avec des parois, des objets et des lumières ». Tout le long de La Jeune fille au carton à chapeau on peut trouver l’application des principes de Koulechov, bien que poussée d’une manière moins rigoureuse et radicale que chez les grands maîtres du cinéma soviétique. Barnet fait un usage infiniment plus réduit du gros plan qu’un Eisenstein et on trouve chez lui de nettes influences du théâtre constructiviste, marqué par la géométrie assez dépouillée des décors (…) sans que jamais n’intervienne une stylisation décorative. (…)
C’est dans l’interprétation, sans doute, que l’on trouve les traces les plus nettes du théâtre satirique de l’époque, très influencé par le constructivisme (…) Nous pensons à la singulière gymnastique irréaliste de la servante Marfouka lorsque, sur l’échelle, elle lave la vitrine. Ou encore à l’étudiant transportant le noceur endormi sur son siège (…). Peut-être peut-on y voir aussi quelques réminiscences du cinéma burlesque américain (Harold Lloyd, par exemple, avait été très en vogue dans les années 1920-25 en Russie comme ailleurs).
Ce qui précède concerne les gags, car le jeu proprement dit (mimique, gestes, attitude) semble, avec plus de certitude, s’inspirer d’un autre mouvement d’avant-garde qui groupait Kozintsev, Trauberg, Youtkevitch, Guerassimov et quelques autres, nous voulons dire la Feks (Fabrique de l’acteur excentrique). Cette école prônait, pour les acteurs, un jeu autant que possible éloigné de tout réalisme et poussé à l’extrême dans le sens de l’expression caricaturale. Barnet, de toute évidence, évite systématiquement le naturel, transformant ses personnages en marionnettes un peu grotesques, aux gestes anguleux, tout en donnant beaucoup de relief au caractère de chacun.

Paul Davay. » (Extraits d’un texte cité par Le Cinéma russe et soviétique, L’Equerre, Centre Georges Pompidou, 1981)

 Boris Barnet

Boris Barnet, né le 5 juin 1902 à Moscou, fait ses études dans une école de dessin et d’architecture tout en travaillant comme accessoiriste et bruiteur au théâtre.Après être parti avec l’Armée Rouge en 1918, il revient à Moscou où il pratique la boxe. Il intègre alors l’école de Lev Koulechov en tant que moniteur de boxe puis en tant qu’élève et acteur. Il joue le fidèle cow-boy Jeddy dans la célèbre comédie Les Aventures de Mr West au pays des Bolchéviques de Koulechov où il réalise des cascades vertigineuses. Il passe ensuite lui-même à la réalisation en 1927 avec La Jeune fille au carton à chapeau. Il est alors l’un des cinéastes soviétiques comiques les plus importants de son époque.

Son film le plus connu est Okraina, réalisé en 1933, un film drôle, fin et lyrique qui parle des ravages de la Première Guerre Mondiale et de l’arrivée de la Révolution dans une bourgade russe. Les films qu’il tourne ensuite sont moins connus, ils pâtissent de la censure et des conflits du réalisateur avec  les studios successifs où il travaille. Parmi ses oeuvres plus tardives, l’on peut citer L’Exploit de l’éclaireur (1948) et Le Lutteur et le clown (1957).

En 1963, le cinéaste met fin à ses jours dans une chambre d’hôtel.

 

FILMOGRAPHIE

Courts métrages :

  • Question de vie 1929
  • Le piano

Longs métrages :

  • Miss Mend 1926,
    coréalisation avec Fédor Otsep
  • La jeune fille au carton à chapeau, 1927
  • Moscou en octobre
  • La maison de la place Troubnaia 1928
  • Le Dégel 1931
  • Okraina
  • Le faubourg
  • Au bord de la mer bleue 1935
  • La Nuit de septembre 1939
  • Le Vieux jockey 1940
  • Le Courage 1941
  • Une tête sans prix 1942
  • Un personnage exceptionnel
  • Un brave garçon
  • Les novgorodiens
  • Une fois, la nuit 1945
  • Personne ne le saura 1947
    (ou L’exploit d’un agent secret)
  • Les pages de la vie 1948
  • Un été prodigieux 1951
  • Concert des artistes ukrainiens 1952
  • Liana 1955
  • Le lutteur et le clown 1957
  • Le poète
  • Annouchka 1959
  • Alenka 1962
  • La petite gare 1963
  • La halte
  • Le signal d’alarme.

La fille au carton à chapeau fait partie de la Rétrospective “Cinéma Russie” à L’institut Lumière.

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