« Le Vent se lève »

Réalisé par Ken Loach
Scénario de Paul Laverty
Avec Cillian Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham
GB, Espagne, Italie, Allemagne, Irlande – 2006 – 2h04
Sortie le 23 août 2006

Synopsis : Irlande, 1920. Des paysans s’unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées par bateaux entiers pour mater les velléités d’indépendance du peuple irlandais.
Par sens du devoir et amour de son pays, Damien abandonne sa jeune carrière de médecin et rejoint son frère Teddy dans le dangereux combat pour la liberté…

Selon Ken Loach, les événements décrits dans le film trouvent un écho dans le monde contemporain : « Tout comme la guerre d’Espagne, ils représentent un moment crucial : comment une longue lutte pour l’indépendance peut être contrecarrée, au moment même où elle va aboutir, par un pouvoir colonial qui, tout en se débarrassant de son empire, sait parfaitement maintenir ses intérêts stratégiques. C’est là toute l’habileté de gens comme Churchill, Lloyd George, Birkenhead et les autres. Une fois coincés, quand il n’est plus vraiment dans leur intérêt de refuser l’indépendance, ils cherchent à diviser le pays. Ils soutiennent ceux qui, à l’intérieur du mouvement d’indépendance, acceptent que le pouvoir économique reste entre les mêmes mains (…) C’est une manipulation par le pouvoir central en place : des mouvements aux intérêts divergents s’unissent alors contre l’oppresseur commun. Inévitablement leurs intérêts contradictoires finissent un jour par éclater. Je suis certain que la situation est la même aujourd’hui dans un pays comme l’Irak, où la résistance aux Américains et aux Britanniques rassemble nombre de gens qui découvriront qu’en fait leurs intérêts divergent quand les Américains auront enfin été forcés de partir. »

Ce n’est pas la première fois que Ken Loach évoque l’Irlande et aborde un sujet historique

Ken Loach avait déjà évoqué le conflit irlandais dans le thriller politique Hidden Agenda (1991) avec Frances McDormand, un film dont l’action a pour cadre le Belfast d’aujourd’hui. Mais déjà en 1975 il avait réalisé pour la télévision une série en quatre épisodes intitulée Days of hope, portrait de la classe ouvrière dans les années 10 et 20. Un des personnages de cette saga est un soldat engagé volontaire pendant la Première Guerre Mondiale, et envoyé en Irlande.

A ceux qui reprocheraient à son film d’être « anti-britannique », Ken Loach répond : « J’ai envie que les spectateurs voient les personnages au-delà de leur nationalité. Ce n’est pas un film sur les Anglais qui tabassent les Irlandais… Les gens ont beaucoup plus de points communs avec des étrangers de la même condition sociale qu’avec, disons, ceux qui sont au sommet de leur échelle sociale (…) En Irlande, les Britanniques ont laissé derrière eux de terribles séquelles, et les forces de progrès ont souffert d’un énorme recul après le traité. Malgré cela, et malgré toutes les souffrances, le fait est que les Britanniques se sont retirés. Il y a là un élément d’espoir. »

Connu pour ses portraits sans concession de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui (Raining Stones, Sweet Sixteen), Ken Loach a réalisé Land and Freedom, consacré à la Guerre d’Espagne.  Il s’est aussi intéressé au Nicaragua sandiniste dans Carla’s song (1996), au nazisme dans  Fatherland (1986).

Les acteurs

Le casting comprend :

  • un acteur en vogue, Cilliam Murphy, très loin de son rôle de méchant dans Batman Begins et de son personnage de travesti dans Breakfast on Pluto -mais il est originaire de la région de Cork, où a été tourné le film,
  • de jeunes comédiens inconnus, comme Padraic Delaney (qui joue le rôle de Teddy)
  • des acteurs qui ont surtout travaillé sur les planches et pour le petit écran (Liam Cunnigham et Roger Allam).

La plupart des comédiens ont des souvenirs familiaux reliés aux événements racontés dans le film : Mary Murphy (qui joue le rôle de la mère) a grandi près de Kilmichael, terrain d’une mémorable embuscade et l’oncle de Mary O’Riordan (qui joue le rôle de la grand-mère) faisait partie des Flying Columns (colonnes volantes, unités de combats de l’Armée Républicaine Irlandaise) et s’est vu décerner une médaille par l’IRA.

Le tournage a duré sept semaines. Il s’est déroulé dans l’ordre chronologique. Les comédiens prenaient connaissance du scénario au jour le jour : jusqu’à la fin, ils ignoraient donc le destin de leur personnage.

L’écriture

Le scénario est de Paul Laverty , qui à travaillé sur tous les films  de Ken Loach depuis Carla’s song (à l’exception de The Navigators). Ken Loach évoque le processus d’écriture : « Au début, on n’a qu’une feuille blanche et un contexte historique. C’est alors que Paul dessine les personnages et les grandes lignes de l’histoire. Le film doit arriver à décrire un monde qui dépasse les points de vue individuels de ses personnages (…) Paul sait raconter une histoire dans laquelle le contexte est implicite. Tout n’a pas besoin d’être surligné (…) Il s’agissait aussi de trouver l’équilibre entre une vérité historique et un sentiment plus contemporain d’urgence, de réalité (…) On ne peut jamais arriver à reconstituer précisément le passé, on ne fait qu’approcher la réalité de l’époque, on ne peut qu’essayer de rendre son esprit et d’éviter les clichés. »

Une équipe composée de fidèles collaborateurs de Ken Loach

Outre Paul Laverty, on retrouve au générique du Vent se lève nombre de fidèles collaborateurs de Ken Loach. Citons

  • La productrice Rebecca O’Brien qui a produit de nombreux films du réalisateurs depuis Hidden Agenda comme it’s a Free World.
  • Le compositeur George Fenton.
  • Le monteur Jonathan Morris qui s’était déjà occupé de Bread and Roses ou de Sweet Sixteen entre autres.
  • le chef-opérateur Barry Ackroyd.

Damien, « un idéaliste réaliste »

Cillian Murphy donne son point de vue sur son personnage : « On ne peut parler de Damien sans évoquer son frère Teddy dont l’influence est importante malgré leurs éducations différentes. Alors que son frère aîné était au séminaire, Damien est resté à la maison, choyé et encouragé dans ses études par leur mère. Cela ne l’a pas empêché d’acquérir une forme de culture politique (…) Et puis, en tant que médecin, Damien a l’occasion de voir que des familles entières sont affamées (…) En fait, je dirais que Damien est finalement un « idéaliste réalise ». Il comprend qu’il est obligé de s’engager dans la violence et il sait qu’il est possible qu’il soit tué. Mais une fois sa décision prise, son but n’est pas de devenir un martyr mais de participer à l’instauration d’une république plus juste et d’améliorer les conditions de vie du peuple. A l’inverse, Teddy s’avère finalement plus politique, davantage prêt à travailler avec les élites. »

Le titre du film : une chanson traditionnelle irlandaise

Le titre original du film, The Wind that shakes the barley (« le vent qui secoue l’orge ») est à l’origine celui d’une chanson traditionnelle irlandaise du XIXe siècle, dont les paroles ont été écrites par Robert Dwyer Joyce.

Le Vent se lève:  Palme d’Or 2006

Le Vent se lève a permis à Ken Loach, grand habitué du Festival de Cannes, d’y décrocher en 2006 la récempense suprême : la Palme d’or, décernée « à l’unanimité », selon les termes du Président du jury, Wong-Kar-Wai.

En recevant sa Palme d’or, Ken Loach a déclaré : « Nous espérons que notre film constitue un petit pas dans la relation qu’ont les Britanniques avec leur passé impérialiste. Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent. »

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