Séance Spéciale

« La Question » de Laurent Heynemann

La Question
Réalisation : Laurent Heynemann
Scénario : Laurent Heynemann, Claude Veillot
Avec Jacques Denis, Nicole Garcia, Jean-Pierre Sentier,
François Dyrek, Christian Rist
France-Espagne, 1977,  1h52,  Fiction

Synopsis : A Alger, en 1957, les paras font régner l’ordre. Henri Charlègue, le directeur d’un journal sympathisant avec le FLN, passe à la clandestinité. Il est arrêté avec son ami Maurice Oudinot. Tous deux subissent des tortures et ce dernier meurt au cours d’un interrogatoire. Tandis qu’il est derrière les barreaux, Charlègue écrit en cachette un récit sur les conditions de sa détention et réussit à le faire parvenir à son éditeur par l’intermédiaire de son avocat. À sa parution, le livre fait scandale. Charlègue est condamné à dix ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

 La Question  provoque un scandale à sa sortie

Sorti en 1977, le film de Laurent Heynemann, La Question, avec Nicole Garcia et Jacques Denis est un témoignage sur la torture pendant la guerre d’Algérie.
La Question fit scandale à sa sortie, pour son propos sur la torture et le silence officiel qui l’entoure.

À cause de certaines scènes jugées attentatoires à l’image de l’armée française en Algérie, le film fut interdit aux moins de 16 ans par Michel d’Ornano, alors ministre de la Culture. Sa sortie en 1977 provoqua un tel tumulte qu’il fut rapidement retiré des salles.

l’époque, 47 copies avaient été tirées du négatif original mais on avait omis, chose plutôt rare, la création d’un internégatif rendant impossible tout tirage de copies supplémentaire. La Question a ainsi été le premier à bénéficier d’un travail de restauration du négatif original, entrepris par les services du Centre national de la Cinématographie, dans la perspective de sa reprise en salles en 2001.

Une adaptation du livre La Question d’Henri Alleg
Ce long métrage sorti sur les écrans en 1977 est une adaptation du livre La Question du journaliste Henri Alleg publié en 1958.

C’est en 1968 en classe de philosophie que Laurent Heynemann découvre La Question d’Henri Alleg. Pour le cinéaste, dont l’enfance a été marquée par la guerre d’Algérie, « ce livre définit l’héroïsme. Il y avait un héros quotidien dont on sentait qu’il était petit, faible avec une force de conviction qui le faisait tenir ». (L’Humanité, 19 septembre 2001)

Henri Alleg est séquestré un mois à El-Biar où il est torturé et a subi de multiples interrogatoires, dont un mené après une injection de penthotal. Il est ensuite transféré au camp de Lodi où il reste un mois puis à Barberousse, la prison civile d’Alger. C’est là qu’il écrivit La Question, dissimulant les pages écrites et les transmettant à ses avocats. Dans La Question, il raconte sa période de détention et les sévices qu’il y a subis, en pleine guerre d’Algérie.

Tout d’abord publié en France aux éditions de Minuit, l’ouvrage est immédiatement censuré. Nils Andersson le réédite en Suisse, quatorze jours après l’interdiction le frappant en France en mars 1958. Malgré son interdiction en France, ce livre a considérablement contribué à révéler le phénomène de la torture chez nous par les colonialistes.

Devant l’impossibilité légale de citer le nom des tortionnaires parachutistes, Heynemann et son scénariste Claude Veillot avaient changé les noms des victimes. Devenu Charleg, comme Maurice Audin (mort étranglé par ses persécuteurs durant sa captivité à la tristement célèbre Villa Sésini) devenait Oudinot, Alleg est présenté comme un homme de convictions et non comme un héros monolithique.

Le film ne reprend pas à l’écran toutes les descriptions terribles d’Alleg. Au compte rendu précis du livre d‘Alleg répond un juste équilibre entre ce qui est montré et seulement suggéré, sans que la vigueur de la dénonciation en soit amoindrie.

Pour le réalisateur, La Question n’est pas un film militant ou partisan mais se veut un film témoin, montrant comment la démocratie peut glisser, le temps d’une parenthèse, vers la dictature, le mensonge et l’oubli. Ce n’est pas, ajoute Laurent Heynemann,  » un film sur les événements d’Algérie ni sur la torture, mais un film politique sur la résistance politique d’un homme (Alleg), qui faisait de la politique en militant, en résistant à la torture, en écrivant un livre témoignage du fond de sa prison « .

 

La Question et les festivals :

Laurent Heynemann remporta en 1977,  le Prix spécial du jury au Festival international du film de Saint-Sébastien.

Bertrand Tavernier et Laurent Heynemann pour « La question »

Laurent Heynemann

Laurent Heynemann

Né en 1948, Laurent Heynemann est dans un premier temps assistant de Bertrand Tavernier avant de passer à la réalisation en 1976. La Question est son premier film.

Il faut tuer Birgit Haas l’entraîne sur le versant du militantisme gauchiste dans l’Allemagne des années 70, mais pour une œuvre finalement plus lyrique que simplement percutante.

Les mois d’avril sont meurtriers, en 1987, est un polar original avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle d’un policier sur la piste du meurtrier de sa femme et de sa fille, et Faux et usage de faux, avec Philippe Noiret dans le rôle principal.

Entre-temps, il réalise de nombreux téléfilms (dès 1982), adaptant très régulièrement des romans policiers. Il va jusqu’à retranscrire (pour le cinéma) la verve d’un Frédéric Dard avec La vieille qui marchait dans la mer, dans lequel Jeanne Moreau tenait le rôle d’une vieille bourgeoise, aventurière fantasque, qui montait diverses escroqueries
avec un jeune gigolo.

Ensuite, Laurent Heynemann  va uniquement se consacrer à la télévision, réalisant dix téléfilms, notamment pour les séries « Véga », « L’instit » ou encore « Deux flics »

Il a été un ardent défenseur de la diversité culturelle. Il a aussi oeuvré à la modernisation et à l’évolution de la culture d’entreprise de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques du Festival de San Sébastien en Espagne. C’est sous sa Présidence qu’a été fondé «le fonds SACD» d’aide à la production et à la création théâtrale publique et privée. Il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 2011.

Filmographie sélective

  • 2007 René Bousquet, ou le grand arrangement
  • 2001 Un aller simple
  • 1991 La Vieille qui marchait dans la mer
  • 1986 Les mois d’avril sont meurtriers
  • 1983 Stella
  • 1981 Il faut tuer Birgit Haas
  • 1977 La mort aux dents
  • 1975 Que la fête commence de Bertrand Tavernier
  • 1973 L’Horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier

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