A (Re)découvrir

« R.A.S. » d’Yves Boisset

R.A.S.
Réalisé par Yves Boisset
Avec Jacques Spiesser, Jacques Weber, Jean-François Balmer,
Jean-Pierre Castaldi, Jacques Villeret
France, Italie, Tunisie  – 1973 – Fiction – 1h08 – Couleur

Synopsis : 1956. Le contingent ne suffit plus pour assurer le quadrillage de l’Algérie. Des rappelés se retrouvent sur le front des opérations. Parmi eux March, Charpentier et Dax, réservistes, se retrouvent dans un bataillon disciplinaire sous les ordres du commandant Lecoq. Brimades et vexations font que les trois garçons deviennent des amis bien que leur conception politique soit opposée : l’un est membre du parti communiste, l’autre anarchiste, le troisième ne sait pas très bien. Première opération de la compagnie : ratissage et destruction totale d’un village. C’en est trop pour certains.

R.A.S., « Rien à signaler« . Derrière cette mention régulièrement consignée sur les registres d’une guerre qui ne disait pas son nom, le film d’Yves Boisset dénonçait sans fioritures les méthodes de la guerre de pacification employées durant le conflit algérien. « Rappelés » pour grossir les effectifs d’une armée en campagne, Rémy March (Jacques Spiesser), Alain Charpentier (Jacques Veber) et Raymond Dax (Jacques Villeret) vont faire la dure expérience, au sein d’un bataillon disciplinaire, de la préparation au combat contre les fellaghas et des ratissages dans le djebel.

Un film difficile à réaliser

Dans son Dictionnaire de la censure au cinéma (Paris, PUF, 1998), Jean-Luc Douin revient longuement sur  les mésaventures d’Yves Boisset durant la préparation, le tournage et jusqu’à la sortie de R.A.S. : « La sécurité militaire est sur les dents face à ce projet de film sur la guerre d’Algérie ; elle cherche à empêcher le tournage par tous les moyens. Elle interdit l’accès à la moindre caserne, fait pression sur les loueurs d’uniformes et d’armes ( « … si vous aidez Boisset, nos surplus et armes démilitarisées vous seront désormais interdites »). Boisset doit maquiller des uniformes de l’armée belge, monter une coproduction avec l’Algérie… jusqu’à ce que la France fasse pression sur l’Algérie, d’où l’équipe est finalement expulsée. Le film est tourné sur le versant tunisien des Aurès (sur les lieux mêmes d’où Jean-Louis Bertucelli, qui avait commencé Remparts d’argile, avait été  lui-même expulsé ; il put finir son film sur le décor de R.A.S., que Boisset venait de quitter contraint et forcé. Le financement du film est bloqué à trois reprises, des bobines disparaissent « mystérieusement » lors du retour en France (des scènes de torture, comme par hasard), obligeant Boisset à aller les retourner. Le représentant du ministère des Armées à la censure s’oppose à sa sortie. Coupes : une scène de gégène, une scène de « corvée de bois » et une scène qui préfixe l’OAS et le putsch des généraux. Lors de sa sortie, des bombes sont lancées dans des salles. A Ivry, pendant un débat, des provocateurs d’extrême droite lancent des grenades offensives… qui blessent des anciens d’Algérie venus accuser le film d’être mensonger. Le film est interdit dans certaines municipalités. Sorti en plein été, une forme d’exploitation en fraude, le film est un succès. Il est très rarement diffusé à la télévision. »

Réception

Le film a été un succès commercial lors de sa sortie en salles, avec 1,3 million d’entrées en France. Le film se classe directement premier du box-office parisien avec 65 449 entrées et ce jusqu’à la troisième semaine, où, avec un cumul de 162 185 entrées, il est détrôné par Les Grands fusils, avec Alain Delon, mais retrouve la première place en quatrième semaine et un total de 213 056 entrées, avant de se classer à la troisième place durant deux semaines et de chuter les semaines suivantes.

Yves Boisset

Réalisateur et scénariste, né à Paris en 1930, diplômé de l’Idhec, Yves Boisset débute sa carrière comme assistant de grands réalisateurs comme Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, René Clément, tout en collaborant à des revues de cinéma.
Dans les années 1970, il incarne un cinéma protestataire, s’inspirant souvent d’évènements réels : la police (Un Condé), l’affaire Ben Barka (L’Attentat), le racisme (Dupont Lajoie), l’intrusion de la politique dans le judiciaire (Le Juge Fayard dit Le Shériff). Il est également le premier à aborder ouvertement la guerre d’Algérie (R.A.S.). Il adapte par ailleurs plusieurs auteurs reconnus : Michel Déon et son Taxi mauve, Marie Cardinale avec La Clé sur la porte, Jean-Patrick Manchette avec Folle à tuer. À partir du milieu des années 1980, il se consacre quasiment exclusivement à la télévision avec des réalisations historiques de prestige qui continuent à interroger la morale des comportements et des pouvoirs, et la fragilité de leurs acteurs : L’Affaire Seznec, L’Affaire Dreyfus, Le Pantalon (affaire Lucien Bersot, fusillé pour l’exemple), Jean Moulin.

Filmographie sélective

  • 2007 La Bataille d’Alger (Documentaire, France2), sélectionné à la FIPA, 2007
  • 1991 La Tribu
  • 1989 Radio corbeau
  • 1988 La Travestie
  • 1986 Bleu comme l’enfer
  • 1977 Un Taxi Mauve
  • 1976 Le Juge Fayard : Prix Louis-Delluc
  • 1975 Dupont-Lajoie : Ours d’Argent au Festival de Berlin
  • 1972 L’Attentat : Grand Prix de la mise en scène au Festival de Moscou
  • 1970 Un condé
  • 1968 Coplan sauve sa peau.

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