A (Re)découvrir

« La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo

La Bataille d’Alger
(La battaglia di Algeri)
De Gillo Pontecorvo
Scénario : Franco Solinas, d’après un livre de Yacef Saadi
Avec : Brahim Haggiag (Ali la Pointe), Jean Martin (le colonel Mathieu),
Yacef Saadi (El-Hadi Jaffar), Samia Kerbash (Fatiha), Fusia El Kader (Hassiba),
Ugo Paletti (le capitaine), Mohamed Ben Kassem (Omar)
Image : Marcello Gatti,
Musique : Ennio Morricone, Gillo Pontecorvo
Production : Antonio Musu, Yacef Saadi
Italie-Algérie –1966 –1h35 –Fiction –Noir et blanc

Synopsis : 1957. Un Algérien se remet péniblement des tortures que lui ont infligées des paras, à qui il a révélé l’adresse du chef de son réseau, Ali la Pointe. Ce dernier est bientôt assiégé dans sa planque. Quelques années auparavant, en 1954, Ali, qui n’est encore qu’un petit truand de la casbah, s’engage dans le mouvement indépendantiste. C’est Omar, un enfant messager du FLN, qui lui explique sa première mission : tuer un policier français. Mais il ne sait pas encore que le pistolet qu’on lui a confié n’est pas chargé et que sa mission n’est qu’un test pour éprouver sa détermination et sa loyauté…

La Bataille d’Alger est une reconstitution spectaculaire des luttes qui opposèrent le FLN à l’armée française, tournée trois ans après la fin de la guerre d’Algérie.  Le film s’appuie sur des faits réels et met en scène l’assaut donné à l’hiver 1957 par le colonel Bigeard (le colonel Mathieu dans le film) et les parachutistes du colonel Massu à la Casbah d’Alger.

 Pontecorvo a la volonté de montrer les mécanismes d’un combat clandestin collectif qui finit, au prix d’une terrible stratégie (la terreur, les attentats), par vaincre l’occupant. A travers l’histoire d’Ali La Pointe, un Algérien qui entre dans les réseaux du FLN, défilent quatre années décisives, de 1954 à 1957 : les premiers attentats contre les Français, l’arrivée à Alger des paras du colonel Mathieu, un personnage qui doit autant au général Massu qu’au colonel Bigeard.

Origine du projet

C‘est bien avant la fin de la guerre d’Algérie que Gillo Pontecorvo a le désir de réaliser un film sur les évènements. Son projet s’intitule alors PARAS : il est basé sur une enquête que lui et son co-scénariste Franco Solinas ont mené dans la Casbah, alors réputée très dangereuse selon les journalistes européens.

Un film tourné caméra à l’épaule

Histoire et fiction sont intimement liées dans le film. Ce dernier voit en effet le jour grâce au concours des autorités algériennes, qui en subventionnent, supervisent et contrôlent l’exécution. Elles sont représentées en la personne de Saadi Yacef, directeur de Casbah Films, et surtout, ancien chef politique du F.L.N pour la zone d’Alger. Il joue son propre rôle dans le film, à travers un scénario inspiré de ses propres souvenirs.

Le film est tourné avec des non-professionnels, à l’exception de Jean Matin, dans le rôle du colonel Mathieu à la tête des parachutistes français.

Ce film a été tourné dans la Casbah d’Alger, caméra à l’épaule. Les combattants survivants de la Bataille d’Alger de  1957 ont servi de conseillers techniques. Certaines scènes d’intérieur, dont celle de la réception au cours de laquelle le commissaire prend congé d’une maîtresse de maison, ont été visiblement réalisées en France. Les premières images ont été tournées à la cité Climat de France, 5 000 logements, construite par l’architecte Fernand Puillon juste au-dessus de Bab-El-Oued.

Les chars de l’armée française que l’on peut voir dans le film ne sont pas français mais russes, en effet, ce sont des automoteurs blindés SU100 prêtés par l’armée algérienne qui se fournissait en  URSS.

Un film longtemps interdit puis censuré

Malgré un Lion d’Or à Venise, un prix de la Critique à Cannes et trois nominations aux Oscars, La Bataille d’Alger, interdit de diffusion en salles, doit attendre 1971 pour obtenir son visa d’exploitation en France. Mais à la suite de pressions et de menaces, il est très vite retiré des écrans.

Le film resta censuré en France, jusqu’en 2003, car considéré comme un film de propagande.

Les réactions de la France suite à l’attribution du Lion d’Or à la Bataille d’Alger

La présentation officielle du film au festival de Venise 1966 suscita la mauvaise humeur de la délégation française qui n’assista pas à sa projection. Par la suite, la défiance initiale se transforma en vindicte contre le jury et contre les responsables de la Mostra lorsque le Lion d’Or fut attribué au film.

Pour le critique suisse Freddy Buache « la passion, teintée de chauvinisme généralement inavoué, brouilla les jugements ; on proclama le film partisan, caricatural et, pour tout dire médiocre (…) » Puis, il ajoute, que nous sommes, selon lui, « en présence d’une œuvre magnifique et rigoureuse qui évite avec une rare délicatesse l’ensemble des défauts énumérés avec complaisance à son sujet : pas de manichéisme, pas d’exploitation romanesque d’un thème qui demeure d’un bout à l’autre grave et lyrique ».

Projection au Pentagone

Une projection du film eut lieu le 27 août 2003 au Pentagone, à laquelle ont assisté des officiers d’Etat-Major et des civils. Dans son édition du 7 septembre, le quotidien américain The New York Times faisait état de propos tenus par un responsable du ministère, déclarant que « ce film donne une vision historique de la conduite des opérations françaises en Algérie » et que « sa projection était destinée à provoquer une discussion informée sur les défis auxquels les Français ont dû faire face ». En d’autres termes, le haut commandement américain tentait d’étudier les erreurs de l’occupation française en Algérie afin de trouver une issue aux drames suscités par la présence des troupes américaines en Irak.

Re-sortie aux Etats-Unis

Le 9 janvier 2004, le film ressort sur les écrans aux Etats-Unis. Après une projection spéciale deux jours plus tôt à Bethesda (Washington, DC), en présence de Saadi Youcef, La Bataille d’Alger est montrée à New York, Los Angeles, Pasadena, Chicago, Washington, et plus d’une douzaine de villes des Etats-Unis. Suivi d’un remarquable accueil critique et public, le film rapporte plus de 500 000 dollars de recettes.

La bataille d’Alger et les prix

  • Lion d’Or à la Mostra de Venise 1966
  • Prix de la Critique, Festival de Cannes 1966
  • Nominé 3 fois aux Oscars d’Hollywood, 1967 et 1969

Gillo Pontecorvo

Gillo Pontecorvo est né à Pise, en Italie, en 1919. Pendant la seconde guerre  mondiale, tout en suivant des études de chimie, il travaille comme journaliste et messager pour le parti communiste italien. Il participe à un réseau de partisans antifascistes et prend pour nom de guerre Barnaba. Une fois la paix signée, il devient correspondant à Paris de plusieurs journaux italiens. C’est alors qu’il voit le film Paisa de Rossellini et, aussitôt, abandonne son métier de journaliste, achète une caméra et commence à tourner des courts métrages documentaires.

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