« La Trahison » de Philippe Faucon

La Trahison
Réalisation : Philippe Faucon
Avec Vincent Martinez, Cyril Troley, Ahmed Berrhama
France,Algérie – 2005 – 1h20 – Fiction –Couleur
Date de sortie : 25 janvier 2006

Synopsis :  Le sous-lieutenant Roque est stationné dans un village de l’est algérien. Usé par le conflit, il assume tant bien que mal sa fonction, entre une population locale soumise à la répression et à la torture, et des soldats dont il doit entretenir le moral tout en maintenant sa vigilance. Il a sous ses ordres 400 soldats français dont 4 jeunes musulmans qui se sont engagés et qui sont très utiles au reste du poste (qui se situe dans le Sud-Est algérien) en ce qui concerne les traductions de l’arabe au français.

L‘évolution des rapports du sous-lieutenant Roque  avec Taïeb, un jeune soldat déchiré de souche nord-africaine, exacerbe les contradictions et l’absurdité de la « guerre sans nom ».

 La Trahison est l’adaptation du roman de Claudes Sales

La Trahison est l’adaptation du roman homonyme de Claudes Sales, publié en 1989. Il s’agit d’un récit autobiographique, l’auteur ayant été aspirant puis sous-lieutenant en Algérie de juin 1958 à décembre 1959. Sales, qui a participé avec le réalisateur à l’adaptation de son roman (il a même assisté au tournage durant quelques jours), a jugé le film fidèle à l’oeuvre d’origine : « L’histoire, les personnages, le climat, la méfiance et la tension qui régnaient alors ; le regard absent des femmes, buté des hommes ; l’innocence des enfants ; ma stupéfaction à l’annonce de ce qui se préparait ; tout, tout est vrai. Je ratifie et j’admire le travail de Philippe Faucon, même si le film et le livre sont différents. »

L’origine du film est liée à l’histoire familiale du cinéaste

Le souhait de Philippe Faucon de réaliser un film sur la guerre d’Algérie est lié à son histoire familiale. Né à Oujda, au Maroc, près de la frontière algérienne, le cinéaste confie : « Ma mère est née à Maghnia, de l’autre côté de la frontière, en Algérie donc (…) Et des deux côtés de la frontière, c’est une région minière. Mon grand-père maternel se déplaçait avec sa nombreuse famille, d’un côté ou de l’autre de la frontière, suivant les offres d’embauche. En Algérie, il y avait la guerre, et ma mère m’a raconté que je suis né au 2e étage d’un hôpital ; tandis qu’au 1er étaient soignés des combattants indépendantistes algériens, qui avaient été blessés dans des accrochages en Algérie, et ramenés au Maroc pour être soignés à Oujda. L’entrée de l’hôpital était gardée par des soldats de l’A.L.N. (Armée de Libération Nationale) en armes, que mon père croisait lorsqu’il venait, en uniforme de l’armée française, rendre visite à ma mère. Le Maroc était indépendant depuis deux ans, il y restait quelques personnels administratifs et militaires français, dont mon père ; et sur place, dans cet hôpital, il y avait ainsi une sorte de statu quo établi par les autorités marocaines. Ensuite, mon père a été envoyé à Alger, où mes parents ont vécu les six derniers mois de la guerre. Bien que très petit, j’ai l’impression d’avoir le souvenir de la tension, de la peur qui régnaient. »

Le casting : des acteurs professionnels et des acteurs amateurs 

Le casting mêle acteurs expérimentés et non-professionnels. On retrouve ainsi :

  • Vincent Martinez (frère dOlivier), remarqué dans L’école de la chair et la Confusion des genres,
  • Cyril Troley, le héros de Paria de Nicolas Klotz (2001)
  • Luc Thuillier, vu dans Monsieur Hire et La Vieille qui marchait dans la mer.

Taïeb, en revanche, est interprété par Ahmed Berrhama, qui ne se destinait pas à jouer la comédie, comme l’explique le réalisateur : « (…) un jour, à l’aéroport d’Alger, en descendant de l’avion, j’ai rencontré Ahmed qui venait me chercher, car il avait été engagé comme chauffeur de production. Nous avons parlé, un peu… Il n’était pas bavard !… Mais j’ai été frappé par son regard, très attentif. On sentait quelque chose d’intérieur, même si ses paroles étaient rares. On a fait un premier essai, qui a tout de suite révélé sa présence physique à l’écran. »

Souvenirs de tournage

Le cinéaste revient sur un tournage qui lui laisse le souvenir d’ « une belle expérience », malgré les difficultés : « Rien n’était simple, sur place. Tous les déplacements devaient être groupés, sécurisés et accompagnés, tout le temps. Mais il y a eu une implication énorme de l’équipe algérienne, que ce soit pour la construction des décors, la recherche des petits rôles, de la figuration, etc. Dans le village où nous tournions, avoir de la figuration ou des petits rôles féminins, pour tourner de nuit de surcroît, n’était pas toujours quelque chose d’évident. Mais j’ai pu tourner avec des gens extraordinaires. Il a fallu rechercher dans toute l’Algérie, et remettre en état, les derniers camions militaires restés sur place après le départ de l’armée française. Et dans le film, ils n’ont pas l’air de ce qu’ils étaient lorsqu’on les a récupérés : c’est-à-dire des tas de ferraille qui mettaient une heure à démarrer lorsque l’on devait tourner avec. Si le film est ce qu’il est, je le dois en grande partie à des gens là-bas qui sont devenus pour moi plus que des amis. »

Philippe Faucon

Né au Maroc en 1958, Philippe Faucon a abordé le cinéma par la régie (notamment pour Leos Carax, René Allio, Jacques Demy).

En 1990, son premier long-métrage, L’Amour, remporte le prix de la section Perspectives du cinéma français. Depuis, travaillant pour la télévision comme pour le cinéma tout en préservant sa liberté d’auteur, Philippe Faucon a patiemment construit une oeuvre sensible sachant traiter de la vie ordinaire et de la chronique des sentiments.

Filmographie sélective

  • 2012 La désintégration
  • 2010 Un fils perdu
  • 2007 Dans la vie
  • 2001 Samia
  • 1997 L’amour est à réinventer
  • 1996 Tout n’est pas en noir
  • 1992 Sabine

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