institut lumière

Raging Bull de Martin Scorsese

Raging Bull
De Martin Scorsese
Avec Robert De Niro, Cathy Moriarty, Joe Pesci
USA, 1980 , 2h09
Date de sortie : 25 mars 1981

 Synopsis

Raging Bull retrace les moments forts de la carrière flamboyante de Jack La Motta, champion de boxe poids moyen. Issu d’un milieu modeste, il fut le héros de combats mythiques, notamment contre Robinson et Cerdan. Autodestructeur, paranoïaque, déchiré entre le désir du salut personnel et la damnation, il termine son existence, bouffi, en tant que gérant de boîte de nuit et entertainer. Quand l’ascension et le déclin d’une vie deviennent épopée…

 Robert De Niro investit le personnage de Jake La Motta

 Fidèle à son travail de préparation, De Niro s’investit à fond dans l’appropriation du personnage de Jake La Motta. Ainsi, d’avril 1978 à avril 1979, il travaille tous les jours avec La Motta, et acquiert des réflexes de professionnel. Le boxeur se montre même impressionné :  » quatre yeux au beurre noir, des dents cassées, une côte cassée ; si j’avais à classer Robby (De Niro), je le mettrais dans les vingt premiers poids moyens du monde « .

 Le tournage débute en avril 1979, en août, les prises sont finies pour ce qui concerne la vie de La Motta en tant que boxeur. Il ne reste en fait qu’à filmer sa déchéance. Pour cela, De Niro va prendre 30 kilos en 4 mois :  » Je me levais tôt le matin, explique t-il, puis je prenais un bon petit déjeuner, puis un grand déjeuner et un grand dîner. Puis, je suis allé en France et là j’ai mangé dans tous les trois étoiles. J’étais à l’agonie, mais en une semaine, j’avais pris cinq kilos « .

 Un projet long à aboutir

 Alors qu’il tournait Alice n’est plus ici  (1974), Scorsese se voit proposer par Robert De Niro l’adaptation de la biographie du boxeur Jake La Motta publiée quatre ans plus tôt. Le cinéaste accepte assez négligemment cette proposition, et l’élaboration du film louvoie pendant des années.

 La rédaction du script est confiée à Mardik Martin, un ami de longue date du réalisateur qu’il a rencontré pendant ses études à la New York University et qui a travaillé sur les scénarios de It’s Not Just You, Murray ! (1964, court métrage), Mean Streets (1973), Italian american (1974) et New York, New York (1977). Après deux ans d’écriture laborieuse, Mardik présente son travail aux deux hommes qui constatent amèrement que le scénariste n’a pas su s’éloigner du matériau originel.

Son script reprend la construction littéraire du livre et la boxe occupe une place bien trop prépondérante. « Dans le livre, ils essaient (les auteurs Jake La Motta, Joseph Carter et Peter Savage) de justifier tout ce que Jake a fait dans sa vie – sa culpabilité et sa violence. C’était très mauvais. Mais il y avait aussi des tas d’incidents qui étaient très intéressants et nous avons dit que nous ferions le film sur cette base. »

Paul Schrader, auteur du scénario de Taxi Driver, est appelé à son tour. En quelques semaines, il réécrit entièrement le film. L’expérience religieuse de Schrader et sa fibre calviniste orientent Raging Bull vers une direction plus introspective et plus apte à intéresser le cinéaste. Entre-temps, Martin Scorsese s’était sérieusement penché sur la question de l’adaptation et avait surtout déterminé une approche personnelle propice à son investissement. Comme Jake La Motta, Scorsese est originaire de Little Italy, il a côtoyé les mêmes lieux et la même catégorie de personnes.

L’autodestruction, l’un des thèmes principaux de Raging Bull est présente dans la vie du réalisateur au moment de la réalisation du film

L’autodestruction, il en est bel et bien question dans la réalité quotidienne du réalisateur. La vie de Scorsese a pris un détour dangereux : l’artiste se laisse gagner par l’exaltation et les tentations de la vie hollywoodienne, il consomme médicaments et drogues, ne dort plus assez, travaille comme un forcené, assiste à la fin de son couple, devient accablé par ses doutes existentiels et connaît une grave dépression nerveuse.

En 1978, après la sortie de The Last Waltz, Martin Scorsese tombe littéralement d’épuisement. Il est hospitalisé d’urgence et n’est pas loin de passer de vie à trépas. C’est sur son lit d’hôpital que le cinéaste prend la décision définitive de réaliser Raging Bull, convaincu par De Niro et le fait d’avoir su enfin trouver le point de vue à adopter. « Ce qui me fascinait, chez Jake La Motta, c’était son côté auto-destructeur, ses émotions les plus primaires. Qu’est-ce qu’il y a de plus primaire que de gagner sa vie en cognant un autre type sur la tête jusqu’à ce que l’un des deux tombe ou arrête ? Bob et moi avons alors décidé de prendre le scénario de Paul Schrader et de l’emporter – avec sa permission – sur une île ; c’est assez difficile pour moi, car à mes yeux, il n’y a qu’une île au monde : Manhattan. Mais Bob m’a aidé, il me réveillait le matin, me faisait du café et on a passé deux semaines et demi à tout réécrire. On a mélangé les personnages et, en fait, on a complètement récrit le film, y compris les dialogues. »

 Le tournage des scènes de combats

L‘une des caractéristiques principales de Raging Bull tient dans la manière dont sont filmées les scènes de combats. Martin Scorsese, dans un souci de réalisme, a utilisé une technique particulière.

Les combats, contrairement aux autres films de boxe, ne sont pas un simple montage de plusieurs séquences, filmées par de nombreuses caméras placées hors du ring. Ici, le réalisateur a décidé de n’utiliser qu’une seule caméra, placée à l’intérieur même du ring, à la façon d’un participant direct au combat. Une telle technique est cependant fastidieuse car elle demandait un jeu précis de la part des acteurs, devant se placer au bon endroit et exécuter rigoureusement les mouvements prévus à l’avance. C’est cette difficulté qui explique la durée importante de tournage consacrée aux seules scènes de combats qui, bien que n’excédant pas 10 minutes dans la durée totale du film, ont demandé pas moins d’un mois de tournage.

Afin de donner le meilleur rendu possible des combats, les équipes techniques ont créé des sons en écrasant des melons et des tomates.

De même, afin de montrer la déchéance de La Motta et sa perte de stature, Scorsese a utilisé, pour les scènes de boxe, un ring plus grand qu’au début.

 Raging Bull et le succès

 Nommé huit fois aux  oscars(dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur), Raging Bull en remporta seulement deux : Oscar du meilleur acteur pour Robert De Niro et Oscar du meilleur montage  pour  Thelma Schoonmaker.

 Demi-échec commercial lors de sa sortie en salles (peut-être dû au fait que le film est en noir et blanc), Raging Bull a tardivement atteint son statut de film culte, à tel point qu’il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs films des années 1980, et l’un des meilleurs films de boxe à avoir jamais été réalisé.

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