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Gébo et l’ombre de Manoel de Oliveira

Gebo et l’ombre
Réalisé par Manoel de Oliveira
Avec Jeanne Moreau, Claudia Cardinale, Michael Lonsdale,
Ricardo Trepa, Leonor Silveira
France,Portugal – 2011 – 1h31
Date de sortie : 26 septembre 2012

 Synopsis

Malgré l’âge et la fatigue, Gebo poursuit son activité de comptable pour nourrir sa famille. Il vit avec sa femme, Doroteia, et leur belle-fille, Sofia, mais c’est l’absence de leur fils, João, qui occupe les esprits. Gebo semble cacher quelque chose à son sujet, en particulier à Doroteia, qui vit dans l’attente passionnée de leur enfant. De son côté, Sofia attend également le retour de son mari, tout en le redoutant. De manière soudaine, João réapparaît, tout bascule.

Genèse

L’idée de ce film est née d’une suggestion faite par un ami proche du réalisateur qui se demandait pourquoi Oliveira n’avait jamais fait de film sur le thème de la pauvreté : « Je lui ai répondu qu’un tel film serait très difficile à réaliser, à moins qu’il ne s’agisse d’un documentaire où je pourrais montrer différents cas de pauvreté. Je me suis souvenu alors de la pièce de Raul Brandão, « Gebo et l’ombre« , qui parle de la pauvreté et de l’honnêteté », confie le cinéaste.

Unicité de lieu

Gebo et l’ombre est l’un des rares films de Manoel de Oliveira dont la majeure partie se déroule dans une seule pièce. Adaptation de l’œuvre théâtrale homonyme, le film est marqué par l’unité de lieu : « J’avais l’impression de jouer au théâtre, avec ce décor restreint, avec juste trois portes et une table », partage Claudia Cardinale. Le cinéaste ajoute en parlant de son adaptation : « Le texte de « Gebo et l’ombre » se passe dans un seul lieu. C’est moi qui l’ai un peu aéré. Dans la pièce de théâtre, il n’y a pas de rue ni de changement de décor, parce que ce n’était pas viable. C’est la différence entre le théâtre et le cinéma : le cinéma est plus ample. »

Michael Lonsdale, Ricardo Trepa

Une fin plus pessimiste que dans la pièce

Manoel de Oliveira a modifié la fin de la pièce de théâtre lors de l’adaptation cinématographique. Michael Lonsdale l’a relevé en parlant de son rôle : « … [il] a coupé la dernière partie de la pièce, qui donnait une toute autre portée au sacrifice de mon personnage. En effet, dans la pièce, Gebo revenait chez lui après avoir purgé sa peine de prison et il retrouvait son fils, qui avait gardé le magot, et ils allaient boire tous les deux. C’est une conclusion plus optimiste, sans doute, que celle du film, mais je crois qu’Oliveira n’aime pas trop que les choses finissent bien. »

Leonor Silveira

Depuis Les Cannibales en 1988, Leonor Silveira fait partie des acteurs fétiches de Manoel de Oliveira. Il la retrouve pour la dix-huitième fois en lui offrant le rôle de Sofia, la belle-fille de Gebo.

Jeanne Moreau, Ricardo Trepa

Jeanne Moreau

Pour la première fois, Manoel de Oliveira a fait appel à Jeanne Moreau pour jouer dans son film. Leur première rencontre a eu lieu quatre ans plus tôt au Festival de Berlin : « Un soir, en sortant d’une réception, j’entends quelqu’un derrière moi qui dit : « il paraît que Jeanne Moreau est là », et je réponds : « je suis là ! ». C’est de cette manière que j’ai fait sa connaissance. D’ailleurs, la première réplique qu’il a placée dans la bouche de Candidinha, mon personnage, commence par « je suis là », c’est une sorte de rappel humoristique de notre rencontre », confie l’actrice.

Claudia Cardinale

 Michael Lonsdale et Claudia Cardinale

Michael Lonsdale et Claudia Cardinale, qui ont porté les rôles de Gebo et de sa femme Doroteia, se sont eux aussi retrouvés pour la première fois dans l’univers de Oliveira. C’est grâce à son rôle dans India Song (1975) de Marguerite Duras que Lonsdale a été remarqué pour ce film. Claudia Cardinale, quant à elle, a rencontré Manoel de Oliveira à la Mostra de Venise : « J’étais en compagnie d’autres acteurs comme Brad Pitt, et Oliveira sur scène a dit : « mon actrice italienne préférée est Claudia Cardinale ! » J’étais tellement touchée par cette déclaration que je lui ai laissé un mot à son hôtel pour le remercier. Ensuite, il m’a contactée pour me proposer ce film », partage-t-elle.

Ricardo Trepa

Tournant avec Manoel de Oliveira depuis 1990, Ricardo Trepa a rejoint l’équipe de Gebo et l’Ombre après son rôle d’Isaac, le photographe dans L’ Étrange affaire Angélica (2011). Il a rencontré plusieurs difficultés pendant la préparation de son rôle pour ce film, ne maîtrisant que peu la langue française. En parlant du réalisateur, Ricardo rapporte : « Sa seule suggestion a été : « le mieux à faire, c’est que tu prennes quelques cours de français ! » Pour le personnage, il m’a laissé en « liberté «  ». L’acteur a également appréhendé le fait de jouer face à des acteurs de renom : « Savoir que je devais « accompagner » de très grands acteurs des cinémas français et portugais dans un film contenant beaucoup de texte a représenté aussi un grand défi puisque je devais être à la hauteur (je ne sais pas si j’ai réussi…). Mais ces grands interprètes m’ont fourni une force supplémentaire pour ma performance », exprime-t-il.

Claudia Cardinale, Jeanne Moreau, Luís Miguel Cintra, Michael Lonsdale

Gébo et l’ombre : une réflexion sur la confrontation entre les valeurs de l’argent et de la famille

Gébo et l’ombre est une passionnante réflexion sur la confrontation entre les valeurs de l’argent et de la famille et l’aspiration à la liberté et à l’affranchissement des contraintes.

 Gébo a toujours travaillé à côté de valises d’or tout en restant misérable, parabole évidente pour Oliveira de ces peuples du Sud de l’Europe touchés par la crise qui meurent de faim aux côtés des montagnes d’argent de la finance.

Le fils revenu, lui, est une sorte de révolutionnaire qui veut s’affranchir du pouvoir de l’argent et des puissants, quitte à être un voleur, refusant d’accepter la pauvreté au nom du devoir, contrairement à ses père, mère et épouse qu’il renvoie à leurs contradictions.

Analogie entre Gebo et d’autres personnages de films d »Oliveira

Certains critiques ont relevé une analogie entre le personnage de Gebo et trois autres personnages importants dans la filmographie d’Oliveira, à savoir :

  • Manoel, interprété par Marcello Mastroianni dans Voyage au début du monde (1996),
  • Gilbert, joué par Michel Piccoli dans Je rentre à la maison (2001)
  • Husson, également joué par Piccoli dans Belle toujours (2007).

Le point commun entre les quatre personnages est l’autoportrait du réalisateur, que l’on retrouve à chaque fois porté par un acteur différent. Concernant ce film, les critiques Mathias Lavin et António Preto ont souligné ce point : « Lonsdale, en Gebo, offre une sorte de miroir à Oliveira. »

Manoel de Oliveira

Mostra de Venise

Gebo et l’ombre a été sélectionné hors compétition au 69ème Festival International du Cinéma de Venise.

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