Five Easy Pieces de Bob Rafelson

Five Easy Pieces
Réalisé par Bob Rafelson
Avec Jack Nicholson, Karen Black, Billy Green Bush
USA – 1971 – 1h38
Date de sortie : 1971 
Date de reprise : 15 février 2012

 Synopsis

Issu d’une famille bourgeoise, Robert Dupea est un révolté. Par réaction contre son milieu, il a renoncé à sa carrière de musicien pour devenir ouvrier spécialisé et vit avec une serveuse nommée Rayette. Pour lutter contre l’ennui, il boit et joue au poker… Un jour, Robert décide de partir vers le Nord, là où se trouve la riche demeure familiale. Il rencontre alors Catherine, la petite amie de son frère…

Five Easy Pieces : Un film du New Hollywood qui fait l’éloge de la fuite.

Le film (1971) est sorti en plein boom du courant cinématographique du Nouvel Hollywood, soit deux ans après Easy Rider, le film porte-étendard du mouvement. Inspiré par le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française Five Easy Pieces s’inscrit pleinement dans l’univers de la contre-culture. De plus, comme dans le film culte de Denis Hopper, Jack Nicholson y tient un rôle central.

Deuxième long métrage de Bob Rafelson, Five Easy Pieces est né sur ce terreau-là : tourné en six semaines pour moins de 900 000 dollars, il jouit de la même liberté narrative et formelle qu’Easy Rider. Sans construction dramaturgique classique, le film est une magnifique errance à travers des espaces dont la banalité même est signifiante : des bowlings, des terrains pour caravanes, des stations-service, des “diners” ou de sinistres motels, qui semblent échappés d’un album de photos des années 50 de Robert Frank. Une Amérique momifiée, figée dans le conservatisme d’Eisenhower, qui n’a pas su répondre aux attentes nouvelles de la jeune génération. En témoigne la séquence emblématique où Jack Nicholson, attablé dans un restaurant, commande un plat qui ne figure pas sur la carte : lorsque la serveuse lui répond qu’elle ne peut déroger aux règles immuables de l’établissement, Nicholson laisse éclater sa colère. Certes, il a assouvi sa frustration envers un pays immobiliste qui le dégoûte, mais il n’a rien obtenu de plus, comme il le reconnaît lui-même quelques instants plus tard. Car dans ce monde d’une vacuité devenue abyssale, la révolte n’a plus aucun objet. Elle n’est plus qu’une fuite vaine et éperdue, d’un lieu vide de sens à un autre tout aussi dérisoire.

 Jack Nicholson et Bob Rafelson : une longue collaboration

Avec Five Easy pieces, Jack Nicholson faisait sa première apparition dans un film du metteur en scène Bob Rafelson, et par la même occasion incarnait le premier grand rôle de sa carrière. S’ensuivirent quatre autres collaborations entre les deux hommes, avec les films The King of Marvin Gardens (1972), Le Facteur sonne toujours deux fois (1981), Man Trouble (1992) et Blood and Wine (1996). A noter que l’acteur participa également à l’écriture du scénario ainsi qu’à la production du tout premier long métrage de Rafelson, Head, en 1968. C’est en outre aussi grâce au cinéaste que Nicholson put intégrer le casting d’Easy Rider en 1969.

Five Easy Pieces est le titre d’un manuel de piano pour débutant

Le titre Five Easy pieces est en fait une référence à un manuel de piano éponyme s’adressant aux pianistes débutants. Dupea, le personnage qu’incarne Jack Nicholson dans le film, y interprète d’ailleurs à un moment donné une Fantaisie en fa mineur composée par Frédéric Chopin.

Bob Rafelson fait une apparition dans le film

On aperçoit à un moment donné un homme prendre l’ascenseur dans le studio d’enregistrement. Il s’agit d’un caméo du réalisateur Bob Rafelson.

Changement de script

Dans le scénario original de Carole Eastman, le personnage Catherine Van Oost était supposé être une vieille femme. Mais le réalisateur Bob Rafelson transforma finalement le rôle de façon à ce qu’il revienne à une jeune et jolie jeune femme : l’actrice Susan Anspach.

Nicholson, anti-héros

Avec Five Easy pieces, Jack Nicholson accède pour la première fois de sa carrière au haut de l’affiche. Mais bien que le long métrage fasse pour lui figure de tremplin, l’acteur y adopte un jeu discret. Difficile, à vrai dire, d’imaginer plus « anti-héroïque » que son personnage Bob Dupea. Indifférent à sa petite amie, au monde qui l’entoure, il n’est là pour personne et traverse un vide existentiel dont il ne semble que très vaguement conscient. L’artiste, stupéfiant d’abnégation dans son non-jeu, est à contre courant des rôles qui cimenteront par la suite sa célébrité (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Shining, Batman, etc.).

Bob Rafelson – Le cinéaste de la contre-culture

Né en 1933, Bob Rafelson renonce très tôt au parcours universitaire prestigieux auquel le destinaient ses parents pour sillonner le monde au gré de ses envies. Il participe à des rodéos en Arizona à l’âge de 15 ans, travaille à bord d’un cargo deux ans plus tard et joue de la batterie et de la basse dans un orchestre de jazz au Mexique à 18 ans ! Il décide d’étudier la philosophie au Dartmouth College, mais abandonne pour devenir DJ pour une radio. Travaillant comme critique de cinéma, il participe également à l’écriture de sitcoms pour la télévision et crée même la série comique The Monkees qui triomphe sur le petit écran dans les années 1966, tout en s’investissant de plus en plus dans le théâtre d’avant-garde new-yorkais.

Après Head (1968), qu’il coécrit avec Jack Nicholson, il signe Five Easy Pieces (1970), portrait d’un jeune homme à la dérive qu’il revendique comme partiellement autobiographique. Si la critique et le public s’enthousiasment, ceux-ci sont nettement plus réservés sur King of Marvin Gardens (1972), toujours avec Jack Nicholson, et Stay Hungry (1976), avec Bruce Dern. Au tournant des années 80, il semble que le cinéaste ait perdu de son inspiration. Aux antipodes de ses films antérieurs, Le Facteur sonne toujours deux fois (1981) est un honnête remake, mais qui n’a pas la liberté de ton des œuvres des débuts. Et si La veuve noire(1986) est un thriller efficace, Aux sources du Nil (1990), Man Trouble (1996) et Sans motif apparent (2002) passent quasiment inaperçus.

Five Easy Pieces repris par  Serge Gainsbourg

En 1987, Serge Gainsbourg sort l’album You’re Under Arrest qui contient comme deuxième piste Five Easy Pisseuses, en référence au titre original du film.

Fiche technique

• Titre original : Five Easy Pieces

• Réalisation : Bob Rafelson

• Scénario : Carole Eastman et Bob Rafelson

• Production : Bob Rafelson, Bert Schneider et Richard Wechsler

• Photographie : László Kovács

• Montage : Christopher Holmes et Gerald Shepard

• Pays d’origine : États-Unis

• Format : Couleurs – 1,85:1 – Mono

• Genre : Drame

• Durée : 98 minutes

• Date de sortie : 1970

Distribution

• Jack Nicholson : Robert Eroica Dupea

• Susan Anspach : Catherine Van Oost

• Karen Black : Rayette Dipesto

• Billy Green Bush : Elton

• Fannie Flagg : Stoney

• Sally Struthers : Betty

• Lois Smith : Partita Dupea

• Toni Basil : Terry Grouse

• Ralph Waite : Carl Fidelio Dupea

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