A (Re)découvrir

Les Enfants du Paradis de Marcel Carné

Les Enfants du Paradis
Réalisé par Marcel Carné
 Avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur
France – 1945 – 3h02
 Date de reprise 24 octobre 2012

Synopsis
Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

 Une origine historique

Les Enfants du paradis doit en grande partie son origine à Jean-Louis Barrault. C’est en effet lors d’une réunion à Nice en janvier 1943 entre celui-ci, Marcel Carné et Jacques Prévert que le projet naquit. Jean-Louis Barrault leur ayant fait part de sa fascination pour le personnage historique du célèbre mime Jean-Gaspard Debureau, Marcel Carné et Jacques Prévert se mirent au travail afin de réaliser une adaptation romancée d’un moment précis de sa vie. Le premier se chargea des recherches iconographiques au Musée Carnavalet d’histoire de Paris, tandis que le second, à la Bibliothèque Nationale, reconstitua la vie des protagonistes de l’histoire. A la suite de ces recherches, Carné jugea qu’il était impossible de ne traiter que l’épisode relaté par Barrault, et suggéra de « conserver Debureau, mais en l’entourant de contemporains et d’êtres imaginaires ». La trame du film, à la fois imaginaire et historique, était posée.

Comme un biopic…

Tourné pendant la Seconde Guerre mondiale, Les Enfants du paradis donne à voir les coulisses du milieu théâtral ainsi que la vie réelle de personnages ayant vraiment existés (Deburau, Lemaître, Lacenaire).

Un film en deux actes

D’une durée conséquente, Les Enfants du paradis est en fait structuré en deux actes ou plus exactement deux « époques » : Le Boulevard du crime et L’Homme blanc, six années séparant ces deux moments de la narration. Suite à une promesse qu’il avait faite à André Paulvé (le producteur ayant originellement accepté de financer le projet), Marcel Carné exigea qu’elles passent obligatoirement ensemble, avec pour résultat seulement trois séances par jour.

Un tournage mouvementé

Le tournage eut lieu autant que possible en secret, plusieurs des auteurs du film (notamment Jacques Prévert) étant engagés dans la Résistance, et le film lui-même pouvant partiellement être vu comme une parabole sur la situation française de l’époque. Il faut notamment souligner que Marcel Carné prit le risque de faire travailler au noir deux collaborateurs : le décorateur Alexandre Trauner et le compositeur Joseph Kosma, tous deux juifs, jouaient gros et ne furent en conséquence pas crédités au générique.

Des décors imposants

Le décor du « boulevard du crime », lieu central de la première partie du film, fut construit dans les studios de la Victorine à Nice, à l’endroit même où avait été installé le château des Visiteurs du soir. Il nécessita 35 tonnes d’échafaudages, 350 tonnes de plâtres, 500 mètres carrés de vitres pour quelques 300 fenêtres… Il s’agit de l’un des plus importants décors conçu pour un film français. En outre, lorsque l’équipe revint à Nice pour y achever le tournage en février 1944, le décor était endommagé et dut être remis en état.

Gérard Blain et Jean Carmet non crédités au générique

On peut noter, parmi les acteurs, la présence de Gérard Blain et Jean Carmet, toutefois non crédités au générique. En ce qui concerne ce dernier, il s’agissait de sa première apparition au cinéma.

Changement de titre

Le scénario s’appelait à l’origine Les Funambules, nom du théâtre où officie Anselme Debureau dans le film. Il lui fut finalement préféré Les Enfants du paradis, expression plus poétique tout en restant d’inspiration voisine, puisqu’il renvoie aux habitués du poulailler de ce même théâtre.

Désaccord entre Prévert et Carné

En ce qui concerne le dénouement, Jacques Prévert aurait préféré que Baptiste tue Jéricho, mais c’est la volonté de Marcel Carné qui est restée.

Un double succès critique et populaire

Les Enfants du paradis connut dès l’origine un succès spectaculaire. Au niveau critique d’abord : le quotidien L’Aurore affirma que le film est « une réussite plastique […]. Mais c’est aussi un drame haletant, poétique, satirique, vigoureusement réaliste ». Depuis, le film est devenu un des grands classiques du cinéma, comme le montre son titre de « meilleur film français de l’histoire du cinéma » accordé par l’Académie des Césars dans les années 1980. Sur le plan commercial ensuite : Les Enfants du paradis est resté 54 semaines à l’affiche en exclusivité, totalisant 41 millions de francs de recettes ! Il fut par ailleurs diffusé quatorze fois à la télévision, de sa sortie à 1999.

37 ans et un 6ème classique !

Lorsqu’il réalise Les Enfants du paradis, Marcel Carné a 37 ans et six films à son actif, dont cinq sont considérés comme des classiques : Drôle de drame (1937), Le Quai des brumes (1938), Hôtel du Nord (1938), Le Jour se lève (1939), Les Visiteurs du soir (1942).

Le Meilleur Film !

Les Enfants du paradis a fait partie de la sélection du meilleur scénario original aux Oscars de 1947. Cinquante années plus tard, il est élu par les critiques, à l’occasion du centenaire du cinéma, comme étant le meilleur film de tous les temps.

« Les Enfants du paradis » à l’Opéra

Un ballet opéra, « Les enfants du paradis », a été créé en juillet 2008, adapté du film de Marcel Carné et du scénario de Jacques Prévert. Considéré comme un hommage au film, la chorégraphie était signée José Martinez et la musique composée par Marc-Olivier Dupin.

Découvrez l’analyse du film les Enfants du Paradis effectuée par Philippe Morisson ; http://www.marcel-carne.com/les-films-de-marcel-carne/1945-les-enfants-du-paradis/analyse-du-film-les-enfants-du-paradis-par-philippe-morisson

 Un film restauré en très haute définition en 2012

Comme toutes les archives du film français des origines aux années 50, les onze bobines en nitrate (de 600 mètres chacune) des Enfants du paradis sont conservées de Bois d’Arcy (Yvelines), dans un ancien fort militaire constamment sous surveillance, le nitrate étant hautement inflammable.

 Pour restaurer le film, les laboratoires Eclair et L.E. Diapason, installés à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), ont travaillé sur le négatif original préalablement numérisé en 4K (très haute définition) à Bologne par le laboratoire italien L’immagine Ritrovata.

« Les bobines étaient très endommagées et présentaient des traces de moisissures, de colle et de scotch », a expliqué à l’AFP Christian Lurin, directeur du pôle Patrimoine à Eclair.

Un logiciel adéquat a également permis de gommer les lettres « douanes françaises », que l’administration douanière d’après-guerre avait consciencieusement tamponné sur le visage d’Arletty lors d’un prêt du film à l’étranger !

« Il faut savoir jusqu’où aller dans la restauration. Il faut être très prudent pour garder la qualité de l’image. Mieux vaut une petite rainure que de perdre le grain du film ou sa définition », affirme M. Lurin, en faisant visiter les laboratoires où ingénieurs et techniciens travaillent sur leurs ordinateurs dans une quasi-obscurité. Une tâche qui requiert un oeil de lynx, une minutie et une patience à toute épreuve.

La restauration des Enfants du paradis a duré un peu plus de quatre mois et a nécessité près de 15.000 heures de travail. Elle a coûté « des centaines de milliers d’euros » à Pathé, producteur et propriétaire du film, y compris la restauration du son, assurée par Léon Rousseau, de L.E. Diapason.

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