A (Re)découvrir

L’Etrange créature du lac noir

L’Etrange créature du lac noir
De Jack Arnold
Avec Richard Carlson, Julie Adams, Antonio Moreno
Epouvante-horreur, Science-fiction
USA – 1954 – 1h20
Reprise : 7 novembre 2012

Synopsis  . Au cœur de l’Amazonie, un paléontologue découvre un fossile de main appartenant à une espèce inconnue. Persuadé qu’il s’agit du chaînon manquant entre l’homme et le poisson, il rassemble une expédition pour exhumer le reste du squelette. L’équipe décide alors de descendre le fleuve en bateau, s’enfonçant dans un territoire sauvage et poisseux, sans se douter que les eaux abritent encore l’étrange créature…

« L’invention du maquillage (sous les écailles, le désespoir amoureux) et la beauté des séquences sous-marines (la Belle nage, insouciante, au-dessus de la Bête) donnent au film un charme fou. » – Télérama.

Fiche Technique 

  • Réalisation : Jack ARNOLD
  • Scénario : Harry ESSEX, Arthur A. ROSS, Maurice ZIMM
  • Avec : Richard CARLSON, Julie ADAMS, Antonio MORENO, Richard DENNING, Ricou BROWNING, Ben CHAPMAN, Nestor PAIVA, Whit BISSELL
  • Musique : Henry MANCINI, Hans J. SALTER, Herman STEIN
  • Directeur de la photographie : William E. SNYDER
  • Costumes : Rosemary ODELL
  • Montage : Ted J. KENT
  • Producteur : William ALLAND
  • Production : UNIVERSAL INTERNATIONAL PICTURES

Genèse du projet

L’idée de tourner L’Étrange créature du lac noir est venue à William Alland d’une anecdote que lui avait racontée un réalisateur venu d’Amérique du Sud sur l’existence d’êtres préhistoriques vivant au bord de l’Amazonie. Le producteur développa alors l’histoire de cette créature mi-homme mi-poisson, un chaînon manquant dans l’évolution des espèces qui avait survécu, inchangée malgré le passage du temps. On retrouve de nombreux êtres de la sorte dans les écrits de Howard Phillips Lovecraft. L’auteur eut sans doute une influence sur la naissance de la créature.

Un étrange costume

Une grande partie du succès de L’Étrange créature du lac noir vient de la réussite du costume et du maquillage de ce monstre mi-homme mi-poisson. Le design de la créature a été imaginé par Jack Arnold, qui aimait cette idée de mettre en valeur ses branchies et une tête de poisson. Le costume était fait de caoutchouc et a été moulé à partir de la silhouette des acteurs qui ne pouvaient pas prendre ou perdre de poids pendant la durée du tournage. Ben Chapman explique qu’il lui fallait deux à trois heures chaque jour pour l’enfiler avec l’aide de trois personnes.

Deux hommes pour un monstre

Deux acteurs ont interprété celui qu’on surnomme « The Gill man » (l’homme aux branchies) dans L’Étrange créature du lac noir. En effet, Ben Chapman jouait toutes les scènes se déroulant sur la terre ferme tandis que Ricou Browning le doublait sous l’eau. Ce nageur olympique devait retenir son souffle plusieurs minutes car il n’y avait pas de réservoir à oxygène dans le costume, comme ce fut le cas plus tard dans les deux suites du film. Par ailleurs, les deux acteurs n’ont pas été crédités au générique pour faire croire à l’existence d’un vrai monstre.

Comme un poisson dans l’eau

L’acteur Ben Chapman, qui interprète la créature hors de l’eau, se souvient de son casting : « Un jour, je discutais avec la directrice de casting Jonny Rennick qui travaillait essentiellement sur des westerns. Elle me demanda si j’avais été contacté par l’équipe d’un film sur une créature qui vivait dans un lac. Elle contacta Jack Arnold qui me demanda si je savais nager. Je répondis « comme un poisson » puisque je venais de Tahiti. Et c’est ainsi que j’eus le rôle ». Ben Chapman n’étant plus sous contrat avec Universal l’année suivante, il ne sera pas contacté pour tenir le rôle de la créature dans aucune des deux suites.

Un casting de série B

En dehors de la créature, l’équipe du film a rassemblé un groupe d’acteurs spécialistes de séries B. Richard Carlson avait collaboré avec Jack Arnold en 1953 sur Le Météore de la nuit. Un an après L’Étrange créature du lac noir, on peut apercevoir Richard Denning dans Creature with the atom brain. Quant à Nestor Paiva, il collaborera à nouveau en 1955 avec Jack Arnold sur Tarantula. Des doublures ont été engagées pour chaque acteur afin de pouvoir tourner simultanément les scènes sous l’eau en Floride et celles hors de l’eau en Californie.

Un compositeur monstre

Le compositeur Hans J. Salter est un spécialiste des films de monstre. Il contribua, entre autres, aux musiques du Vendredi 13 d’Arthur Lubin, du Loup-Garou, du Fantôme de Frankenstein, du Fils de Dracula ou des 5000 doigts du Dr T. Il travailla également sur la musique des deux suites de L’Étrange créature du lac noir.

Un succès public

L’Étrange créature du lac noir fut un succès important pour Universal à un moment où le studio connaissait quelques difficultés financières. Deux suites furent donc tournées. Dès 1955, Jack Arnold signa ainsi La Revanche de la créature. Si Ricou Browning y garde le rôle de la créature sous l’eau comme dans toute la série, sur terre, celle-ci est interprétée par Tom Hennesy. Un an plus tard, John Sherwood tourna La Créature est parmi nous. Don Megowan y tient le rôle du monstre.

Un classique de la science-fiction

L’Étrange créature du lac noir est aujourd’hui considéré comme un classique de la science-fiction. L’acteur Ben Chapman a un début d’explication à cette popularité : « Les gens se sentent proches de lui. C’était un être bon dont le domicile a été violé par des inconnus venus avec de mauvaises intentions. En d’autres mots, que ressentiriez-vous si vous rentriez chez vous un jour et que vous retrouviez un groupe de personnes faisant la fête dans votre salon ? Malheureusement pour lui, il tomba amoureux de la fille et ne voulut pas la laisser repartir. »

Les dents de la mer

Dans une scène de L’Étrange créature du lac noir, la créature et le personnage interprété par Julie Adams improvisent un ballet sous l’eau dans lequel, par moments, la comédienne est montrée du point de vue du « monstre ». Steven Spielberg s’inspirera de la mise en scène de Jack Arnold et de son accompagnement musical pour l’ouverture des Dents de la mer.

Le monstre qui aimait les femmes

« Je revois le film au moins une fois par an. Le Gillman reste encore aujourd’hui l’un des designs de créatures que je préfère, et il représente à mon avis – au même titre que l’Alien de Giger – le pinacle de l’art du monstre en costume. Avec la créature de Frankenstein, c’est tout simplement mon monstre préféré. » GUILLERMO DEL TORO

La créature du lac noir est ouvertement inspirée des êtres bizarroïdes qui peuplent la littérature fantastique, du Monde perdu de Conan Doyle aux nouvelles de H.P. Lovecraft. Néanmoins, le monstre trouverait son origine officielle dans une anecdote confiée au producteur William Alland au sujet d’une espèce préhistorique, un poisson muni de poumons qui réside toujours dans les zones vierges d’Amérique du Sud.

Le Gillman – littéralement « l’homme branchie » – possède l’un des visages les plus saisissants de toute la galerie de monstres cinématographiques. Conçu par Bud Westmore, chef du département maquillage des studios Universal à l’époque, le costume doit également beaucoup à Millicent Patrick, dessinatrice de génie qui travailla par la suite chez Disney. L’aspect visqueux de ses écailles et le battement menaçant de ses branchies (animées dans les gros plans par des pompes à air) firent du monstre une attraction sans précédent. Pour l’incarner, deux acteurs durent enfiler le costume : l’imposant Ben Chapman prêta sa silhouette d’un mètre quatre-vingt-seize pour les scènes terrestres tandis que le nageur Ricou Browning joua dans les séquences sous-marines, tournées dans le cadre naturel de Wakulla Springs, en Floride

Ces dernières donnent lieu à l’un des moments les plus poétiques de l’histoire du cinéma fantastique, un ballet aquatique où la créature, tapie au fond des eaux, regarde nager la gracieuse Julie Adams à la surface. La scène, reprise ensuite par Steven Spielberg dans Les Dents de la mer, résume toute l’humanité de cet être étrange dont la civilisation vient saccager l’écosystème et qui, pour la première fois, découvre l’amour et la sexualité. Car, à l’instar de King Kong ou de Quasimodo, la créature du lac noir demeure surtout l’une des plus belles incarnations du mythe de la belle et la bête.

 « Il faisait peur à voir, mais il n’était pas si mauvais. Je pense qu’il avait seulement besoin d’affection, il voulait qu’on l’aime et qu’on le désire. » MARILYN MONROE dans Sept ans de réflexion


L’Etrange créature du lac noir » : une ressortie en 3D !

Au début des années 1950, alors que la télévision menace l’hégémonie du grand écran, le cinéma en relief est lancé avec grand bruit. Ce sont pour l’essentiel des films de monstres, de sciencefiction ou de catastrophe. Pour Jack Arnold, qui a tourné Le Météore de la nuit en 3D un an plus tôt, il s’agit de surprendre et d’horrifier les spectateurs avec son « étrange créature ». Mais le relief permet également de montrer la nature sauvage comme jamais auparavant, et certaines des plus belles scènes du film sont empreintes d’une forme de documentarisme aventurier qui nous rappelle qu’Arnold fit ses armes avec Robert Flaherty (Nanouk l’Esquimau). En 1954, les publicités annoncent d’ailleurs un argument de choc : « Les premières séquences sous-marines en trois dimensions » !

Malheureusement, les conditions médiocres de projection d’alors altèrent ces qualités et la plupart des spectateurs de l’époque voient le film avec des lunettes à deux couleurs, un équipement beaucoup moins fiable que les lunettes polarisantes pour lequel il est conçu. En France, les téléspectateurs ont droit à une diffusion mémorable dans « La Dernière Séance » de FR3 le 19 octobre 1982 : le film est en relief et les lunettes sont fournies en supplément d’un programme télé. Aujourd’hui, grâce aux progrès du numérique – notamment en matière de stabilité d’image – L’Étrange Créature du lac noir bénéficie enfin d’une version 3D pleinement spectaculaire !

En 1982, le public français découvrait ce chef d’œuvre par le biais de l’émission « La Dernière séance » d’Eddy Mitchell, qui diffusa le film en 3D avec les lunettes fournies en supplément du programme télé.

Aujourd’hui, grâce aux progrès du numérique, L’Etrange créature du lac noir bénéficie enfin d’une version 3D digne de ce nom.


Retour au lac noir

En 2000, David J. Skal a tourné le documentaire « Back to the Lagoon » sur L’Étrange créature du lac noir. Le film a été produit par Universal, et une grande partie du casting du film original de Jack Arnold y a participé.


Universal Studio Monsters

 Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les films de monstres : King Kong, Frankenstein, Godzilla, L’Étrange Créature du lac noir… Ils ne me faisaient pas peur, je leur trouvais une âme beaucoup plus sensible et généreuse que la plupart des humains qui les entouraient, voire ceux qui m’entouraient. » TIM BURTON

L’Étrange Créature du lac noir constitue l’un des derniers grands succès d’une lignée légendaire de films de monstres produits par les studios Universal. Dans les années 1920, le producteur Carl Laemmle inaugure une série d’adaptations de grands classiques littéraires traités sur un mode horrifique tels que Notre-Dame de Paris (1923) ou Le Fantôme de l’Opéra (1925). Ces adaptations libres se concentrent sur les figures monstrueuses qui se trouvent au coeur des romans : l’acteur Lon Chaney, surnommé « l’homme au mille visages », suscite l’effroi avec sa panoplie de masques et ses maquillages impressionnants.

Les années 1930 sont marquées par une orientation fantastique. Parmi la pléthore de récits gothiques et autres contes romantiques portés à l’écran, le Frankenstein de James Whale avec Boris Karloff et le Dracula de Tod Browning avec Bela Lugosi (1931) constituent certainement les emblèmes les plus indémodables du genre. Universal conçoit suffisamment de créatures pour s’assurer de nombreux succès populaires pendant les deux décennies suivantes. Outre les nouveaux venus occasionnels (La Momie en 1932 ou Le Loup-garou en 1941), la galerie de monstres inspire de nombreuses suites et récits dérivés, parfois humoristiques ou cocasses et mettant en oeuvre des effets spéciaux de plus en plus saisissants.

Il n’est donc pas étonnant que l’âge d’or du cinéma en 3D dans les années 1950 s’appuie prioritairement sur ce type de films. Tandis que les productions anglaises de la Hammer Film ressuscitent Dracula et Frankenstein grâce à Terence Fischer et Christopher Lee, Universal délaisse le fantastique pour s’engouffrer dans la science-fiction. À l’ère atomique, les films d’horreur empruntent un ton réaliste, parfois documentaire, pour mettre en scène les aberrations de la nature et les catastrophes engendrées par les mutations. L’Étrange Créature du lac noir, qui réactualise les figures du cinéma d’exploration et comporte un contexte scientifique, appartient indéniablement à cette mode de films qui fit rêver toute une génération de cinéastes, de Joe Dante à John Landis, en passant par l’inévitable Tim Burton.

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