A (Re)découvrir

Rashômon de Akira Kurosawa

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Rashômon
De Akira Kurosawa
Avec Toshirô Mifune, Masayuki Mori, Machiko Kyô
Date de sortie 18 avril 1952,
Japon, 1952, 1h28

Consulter les horaires du film à Lyon et dans sa région : ici

Synopsis :

Kyoto, au XIe siècle. Sous le portique d’un vieux temple en ruines, Rashômon, trois hommes s’abritent de la pluie. Les guerres et les famines font rage. Pourtant un jeune moine et un vieux bûcheron sont plus terrifiés encore par le procès auquel ils viennent d’assister. Ils sont si troublés qu’ils vont obliger le troisième voyageur à écouter le récit de ce procès : celui d’un célèbre bandit accusé d’avoir violé une jeune femme et tué son mari, un samouraï.

Le drame a eu lieu dans la forêt à l’orée de laquelle est situé le portique de Rashômon. L’histoire est simple : Qui a tué le mari ? Le bandit Tajomaru, la femme, un bûcheron qui passait ou le mari lui-même qui se serait suicidé ? Autant d’hypothèses vraisemblables. Mais les dépositions des témoins devant le tribunal apportent à chaque fois une version différente du drame, et la vérité ne percera qu’après de nouvelles révélations surprenantes…

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Critiques de 1952

« La révélation de ce Festival sera, à mon avis, le film japonais Rashômon (Le Bois). Jugé ainsi isolément, le film est à la fois d’un extrême modernisme et d’un dépouillement classique, joué avec une violence et une stylisation puissante, plein de signification et d’originalité. […] La réalisation de ce film est étonnante. D’une lenteur voulue, n’évitant (comme la grande poésie) aucune répétition, s’attardant aussi longtemps sur les branches des arbres que sur le visage des hommes. Le jeu des acteurs est à l’opposé du flegme que nous prêtons aux Orientaux. A truculence du bandit, son rire énorme, au souvenir des épisodes les plus tragiques, sa vitalité débordante en font un personnage du XVIe siècle européen, intermédiaire entre ceux de Rabelais et les condottieri italiens. Les pleurs et les cris de la femme sont sans retenue, comme la pitié du prêtre et la sagesse paysanne du bûcheron semblent sans fond. Un grand film, à la fois épopée et tragédie, joué par des acteurs qui possèdent magnifiquement un métier très différent de celui des nôtres. » J-L. Tallenay, Radio, Cinéma Télévision, 1952

 «  Dans Rashômon, Akira Kurosawa parvient à une mobilité de la caméra qu’on avait peut-être jamais vue depuis les « caméras volantes » de l’époque U.F.A. (Variétés, Le dernier des hommes). La caméra atteint une sorte d’intimité nouvelle, elle est si précise dans ses explorations, si active dans sa participation et pourtant toujours si psychologiquement exacte que, bien que nous nous trouvions devant ce que l’on peut appeler un «tour de force» conscient, nous ne le voyons pas ; nous sommes complices, nous sommes pris. Le jeu des trois principaux acteurs, est admirablement dosé, et la façon dont sont présentés les divers aspects des personnages lorsque chacun des différents points de vue nous est présenté est une véritable révélation.

Il ne semble pas possible qu’un acteur occidental soit capable du dynamisme que l’on trouve dans le jeu de Toshiro Mifune dans le rôle du bandit, extraordinaire de sauvagerie érotique, portrait audacieux débordant de force et de vitalité.

Les trois principaux décors du film ont chacun un style dominant qui les distingue selon l’humeur et la psychologie des scènes qui s’y passent. Le temple (porte principale de la ville de Kyoto) est gris, inondé par une pluie lourde et monotone ; le tribunal de police où se déroule la confession est photographié en plans fixes dans une cour éclairée par un soleil brillant ; la forêt, où le drame entre les deux hommes et la femme se déroule trois fois en imagination et une fois réellement, est plane dans une demi obscurité… une lumière filtrée par les feuilles et qui varie continuellement, permet successivement la clarté ou le demi-jour. Les trois premiers des principaux épisodes sont accompagnés avec un thème musical différent alors que le quatrième, volontairement car c’est l’épisode final de l’histoire vraie, est uniquement accompagné de bruits naturels. Il est intéressant de noter que les partitions japonaises «occidentalisées» (j’ai vu cela dans d’autres films japonais) dérivent fortement, dans leur style, de la musique française des impressionnistes et post-impressionnistes, Debussy, Ravel, Roussel etc…

On pourrait s’étendre longuement sur les qualités et subtilités contenues dans Rashômon, car il y en a beaucoup. Le roman qui est à la base du scénario est l’œuvre d’un écrivain moderne connu comme étant « l’Ernest Hemingway du Japon » ; il se suicida en 1927 après avoir déclaré qu’il ne pouvait plus supporter les problèmes moraux posés par le monde contemporain. L’histoire de Rashômon est celle de l’opposition entre la vérité et le mensonge. Sa construction rappelle les pièces de Pirandello.

Comme je n’ai pas lu le roman, j’ignore quels changements l’adaptation a apportés à l’histoire originale. Quoi qu’il en soit, le film gagne complètement la partie sur le plan purement cinématographique. On peut même le considérer comme une œuvre qui nous rappelle la fraîcheur et l’unique magie que renferme le cinéma en tant que moyen d’expression. Peut-être même son succès ouvrira-t-il au cinéma japonais la voie qui lui apportera une juste et très grande renommée parmi toutes les écoles cinématographiques du monde. » Curtis Harrington Cahiers du cinéma, Mai 1952

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Autour du film

Rashômon est inspiré de deux nouvelles de l’écrivain japonais Akutagawa Ryunosuke, « Dans le fourré » et « Rashômon », elles-mêmes inspirées de légendes médiévales nipponnes. Le titre, Rashômon, signifie quant à lui « la porte du dieu Rashô ».

Quand Akira Kurosawa proposa Rashômon aux responsables de la major Diai, ceux-ci furent d’abord inquiets par ce projet trouvant le scénario trop compliqué pour un Jidai-Geki (un film d’époque se déroulant avant l’ère Meiji). C’est en leur assurant que le coût du film serait faible que le réalisateur a fini par convaincre la Diai et a ainsi pu tourner Rashômon.

Rashômon est l’un des tous premiers films où Akira Kurosawa dirige son acteur fétiche Toshirô Mifune, avec qui il fera en tout 16 films dont Les Sept samouraïs (1954), Le Château de l’araignée (1957) ou Le Garde du corps (1961).

Pour que la pluie soit bien visible à l’écran, le réalisateur Akira Kurosawa a décidé de la mélanger à de l’encre noire, que l’on peut d’ailleurs observer sur le visage du bûcheron!

Le film a fait l’objet d’un remake américain en 1964, L’Outrage, de Martin Ritt avec Paul Newman. Il est également souvent cité comme référence dans de nombreuses autres oeuvres en raison de sa structure narrative.

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 Fiche technique

  • Réalisation : Akira Kurosawa
  • Scénario : Akira Kurosawa & Shinobu Hashimoto, d’après deux contes de Ryunosuke Akutagawa
  • Photos : Kazuo Miyagawa – N&B
  • Musique : Fumio Hayasaka
  • Décors : Daiei
  • Production : Takashi Matsuyama
  • Comédiens : Toshirô Mifune, Masayuki Mori, Machiko Kyô, Takashi Shimura, Minoru Chiaki

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Récompenses

Présenté à la Mostra de Venise en 1951, Rashômon y a remporté le Lion d’or avant d’être récompensé quelques mois plus tard par l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Ce succès, exceptionnel pour un film japonais à cette époque, lui vaut une reconnaissance internationale qui tombait à point nommé pour satisfaire le désir d’ouverture à l’occident du Japon.

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Akira Kurosawa

Né le 23 Mars 1910 à Tokyo, Japon et décédé le 6 Septembre 1998 à Tokyo, Japon.

Akira Kurosawa est élevé dans une famille qui combine traditionalisme et idées les plus modernes. Son père, homme strict et ancien militaire, se trouve à l’origine du développement du kendo, du judo et de l’athlétisme.

De plus, celui-ci croit fortement aux vertus pédagogiques du cinéma. La jeunesse de Kurosawa est marquée par plusieurs épisodes dramatiques qui influenceront le futur cinéaste: le décès de sa plus jeune soeur en 1920 et le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Plusieurs années plus tard, son grand frère qu’il idolâtre véritablement se suicide.

Kurosawa qui a une formation de peintre compte bien réussir dans cette voie. Le hasard l’amène à se présenter à une sélection de la Toho. Il est engagé comme assistant réalisateur.

Il fait ses classes auprès de notamment Kajiro Yamamoto qui va devenir son véritable mentor. En 1943, année faste pour la censure, il se lance dans la mise en scène avec La Légende du grand judo.

Très vite, il se démarque des productions habituelles par des oeuvres empreintes d’un humanisme sincère et par un rejet du cinéma contemplatif prisé par ses compatriotes. Au contraire, il privilégie des personnages complexes embarqués dans des histoires aux ressorts dramatiques intemporels.

Sa mise en scène d’une grande inventivité visuelle, caractérisée par une précision d’orfèvre, se met totalement aux services de l’histoire. Cinéaste à envergure internationale, le public occidental a découvert, grâce à lui, le cinéma japonais, et asiatique par la même occasion. Il fut ainsi le premier metteur en scène japonais à recevoir une récompense internationale majeure, avec le Lion d’Or au festival de Venise en 1951 pour Rashômon.

Le succès international de Les Sept samouraïs en 1954 vient encore renforcer le prestige du réalisateur à l’étranger. On retiendra de ces années une collaboration prolifique avec Toshirô Mifune qui joue dans seize de ses films. A partir des années 70 et de l’échec commercial cinglant de Dodeskaden qui entraîne la faillite de sa société de production, Kurosawa éprouve de plus en plus de mal à faire ses films au Japon. L’Aigle de la Taiga, Oscar du meilleur film étranger en 1975, est produit par la société soviétique Mosfilm.

Par la suite,il peut alors compter sur ses nombreux admirateurs étrangers : Francis Ford Coppola et George Lucas pour Kagemusha, l’ombre du guerrier en 1980, le producteur français Serge Silberman pour Ran en 1985 et Steven Spielberg pour Rêves en 1990. Avant de s’éteindre, il tourne en 1993, Madadayo, une dernière oeuvre, véritable hymne au bonheur et hommage pudique et profondément sincère de l’élève Kurosawa à tous ses maîtres.

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