A (Re)découvrir

Au cinéma Comoedia : Comrades de Bill Douglas

Dans le cadre du cycle « Plein soleil sur les classiques »

Il y a un an, nous découvrions la somptueuse trilogie autobiographique du réalisateur écossais (My Childhood / My Ain Folk / My Way Home (1973-1978)). Aujourd’hui, c’est au tour de son quatrième film « Comrades« ,  inédit en France, d’être sur les écrans français.

Cette vaste fresque relate sur un peu plus de 3 heures, le soulèvement d’une poignée de paysans dans le Dorset des années 1830, contre la baisse incessante de leur salaire qui les conduit à la famine. Ces camarades de la première heure vont fonder dans la clandestinité l’une des premières associations de travailleurs, un proto syndicat agricole. Leur mouvement, pacifique, se soldera par une lourde condamnation ; le pouvoir aristocratique ne pouvant tolérer un tel précédent.

Toutes les informations pratiques sur : www.cinema-comoedia.com

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Comrades
De  Bill Douglas
Avec Alex Norton, Robin Soans, Imelda Staunton
Angleterre, 1987 – 3h10
Date de sortie : 23 juillet 2014

Synopsis

Grande-Bretagne, Dorset, 1834. George Loveless et ses amis, laboureurs à Tolpuddle, sont de plus en plus exploités par les propriétaires terriens, avec la complicité du clergé. Ils s’organisent pour revendiquer des hausses de salaires, et créent en secret la Société Amicale des Laboureurs. Dénoncés par un propriétaire, six d’entre eux sont condamnés à la déportation en Australie. Devenus très populaires et hérauts d’une classe de plus en plus pauvre, ils deviennent les  » martyrs de Tolpuddle ».

Lire la critique de Critikat, ici

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A propos du film

Un projet long et parsemé d’embûches.
Bill Douglas a mis plus de huit ans pour réaliser son quatrième et ultime film. Débuté en 1979, le film va connaître de nombreux aléas. Bill Douglas a d’abord des désaccords profonds avec un premier producteur dont les raisons commerciales s’avérèrent incompatibles avec l’exigence artistique du cinéaste : « Difficile de faire un film sur des hommes qui ne sont pas motivés par la haine. »

Un deuxième producteur prend le relais. Le tournage commençe finalement en septembre 1985. Un tournage long et difficile, en particulier la partie australienne. Des conditions climatiques déplorables occasionnent un dépassement de budget et un retard dans le plan de tournage.

Le montage est  fait en parallèle au tournage par Bill Douglas et Mick Audsley. Un premier montage de 3 heures et 35 minutes est considéré comme trop long par les financiers. Un deuxième montage, plus court est validé et présenté au Festival de Londres en 1986. Toutefois, selon Douglas, ce montage met en péril le délicat équilibre de la structure narrative du film.

La version définitive sera finalement terminée en août 1987. Salué par la critique anglaise, « Comrades » ne restera pourtant que quelques semaines sur les écrans londoniens.

C’est cette version (à l’exception de la suppression de l’entracte remplacé par un fondu avant le panorama du voyage en Australie) approuvée par le producteur qui est maintenant présentée en France dans une version restaurée.

Le pré-cinéma, un élément essentiel à la narration
La poésie et le rythme du film doivent beaucoup au fait que le  narrateur est un lanterniste itinérant joué par Alex Norton. Il apparaît aussi sous les traits d’une douzaine de personnages. Au début, il est un lanterniste itinérant, témoin des exactions de la garde montée dans les campagnes, à chaque tentative de rébellion. On le voit se métamorphoser pour devenir le montreur de diorama, qui reconstituera face au public, l’histoire des martyrs. Ce personnage insaisissable d’illusionniste est une sorte de témoin et de narrateur dissimulé dans le récit. Chaque apparition le met en scène en inventeur mutant, manipulant les machines optiques du 19ème siècle qui conduiront au cinéma.  

Des acteurs inconnus du grand public pour les rôles principaux
« J’ai pensé que ce serait une mauvaise idée de confier les rôles des personnages principaux à des acteurs connus. Il n’y avait aucun intérêt à confier le rôle de George Loveless à Robert Redford, tout le monde n’aurait vu que Redford à l’écran. Les spectateurs n’auraient pas pu passer outre pour réellement voir le personnage de George Loveless.

J’ai donc décidé d’engager des acteurs inconnus pour inviter les spectateurs à s’identifier aux personnages. Les acteurs connus, comme Vanessa Redgrave et James Fox, n’ont pas été engagés sur des considérations commerciales même si elles ont fini par peser. J’ai trouvé que c’était une bonne idée d’utiliser des stars de cinéma, les aristocrates de leur profession, dans les rôles des aristocrates de cette histoire. Elles étaient parfaites pour ces rôles. » Bill Douglas

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Bill Douglas

bill douglasBill Douglas naît en 1934 à Newcraighall, petit village minier près d’Édimbourg. Enfant illégitime, il est élevé  par sa grand-mère, alors que son père et sa nouvelle famille habitent de l’autre côté de la rue. Les images et les histoires de sa fameuse Trilogie sont directement puisées dans ces souvenirs. Le cinéma devient sa source de savoir et sa planche de salut. Il y va tous les jours, dans les villages proches de Musselburgh et de Portobello, et il développe une véritable passion pour Chaplin et les dessins animés. Trop pauvre, il s’arrange pour entrer en troquant des pots de confiture vides ou en s’y introduisant subrepticement.

 Il réussit à fuir cet environnement grâce au service militaire. En poste en Égypte, il y rencontre Peter Jewell, autre recrue de la Royal Air Force. Leur amour partagé du cinéma les rapproche, et ils deviennent amis pour le reste de leur vie.  Plus tard, ensemble, ils collecctionnent des films et des images animées.  Douglas parlera plus tard de Peter Jewell comme de son «mentor».

Après avoir été démobilisé, Douglas est étalagiste à Édimbourg pendant un temps, puis il part pour Londres, où il commence une carrière d’acteur. À la fin des années 50, il travaille pendant un an avec Joan Littlewood dans son théâtre expérimental, le Theatre Workshop. On lui propose des petits rôles dans des films, et il joue l’un des rôles principaux dans la série révolutionnaire de la chaîne ITV, The Younger Generation (1961), aux côtés de John Thaw et Johnny Briggs. Il commence à écrire. Sa pièce de théâtre musicale, Solo, est jouée à Cheltenham en 1962. Au milieu des années 1960, Bill Douglas écrit au réalisateur Lindsay Anderson pour lui demander ce qu’il pense de son scénario (qui s’intitulait alors « Jamie »), fondé sur ses souvenirs d’enfance.  Anderson prend la peine de lui répondre et dès lors, il occupera lui aussi un rôle de mentor dans la vie de Bill Douglas.

Ensuite Bill Douglas rentre à la London Film School. A la fin de ses études, il réalise plusieurs courts-métrages : Charlie Chaplin’s London (1969), Globe (non daté), Striptease (1969), et son film de fin d’études, Come Dancing (1970), pour lequel il obtient la mention très honorable en 1971.  Encouragé par Lindsay Anderson et financé par Mamoun Hassan, du British Film Institute, Bill Douglas commence le tournage de My Childhood en 1971 , et  obtient le Lion d’argent au Festival de Venise en 1972.

En 1973, Douglas présente My Ain Folk, qui obtient à nouveau des récompenses dans le monde entier. En 1978, il clôt sa Trilogie avec My Way Home.
Mamoun Hassan propose alors un poste d’enseignant à Bill Douglas à la National Film and Television School. C’est un professeur généreux et inspiré, mais il veut faire des films et non pas parler de films. Il quitte la NFTS en 1980, pour se rendre compte qu’il lui est de plus en plus difficile de trouver des financements pour ses projets.

Il consacre son énergie à collectionner et à faire des recherches sur le cinéma muet et sur les origines de l’image animée. Cette passion l’habitait déjà au début des années 1960 et le poursuivra durant toute sa carrière. Collectionner lui a permis de combler les temps d’attente entre deux films, mais a également contribué à faire évoluer son style et ses idées sur la réalisation. En 1979, Bill Douglas commence à écrire Comrades. Il enrichit son scénario sur les martyrs de Tolpuddle de ses connaissances sur les appareils optiques du précinéma.

Après l’échec commercial et financier de Comrades, Bill Douglas obtient un poste à l’université de Strathclyde en 1989-1990, période pendant laquelle il écrit un court-métrage, Ring of Truth, qu’il veut produire avec ses étudiants. Mais la maladie interrompt ses projets. Bill Douglas meurt d’un cancer en 1991.

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