Denis Gheerbrant présente « On a grèvé » au Comoedia

Séance unique mardi 16 décembre 2014 à 20h00.
Projection suivie d’un débat en présence du réalisateur Denis Gheerbrant, de l’avocate au barreau de Lyon et membre du syndicat des avocats de France Lucie Davy et d’Etienne Deschamps du syndicat CNT – Solidarité Ouvrière , présent dans le film en tant qu’animateur de la grève.

Récit d’une résistance longuement préparée, On a grevé, raconte le combat syndical mené par un petit groupe de femmes de ménage travaillant pour un grand groupe hôtelier. Le cinéaste Denis Gherbraant était là, auprès d’elles, avec sa caméra, son approche sensible et juste, son regard bienveillant. Il viendra nous en parler.

Toutes les informations pratiques sur www.cinema-comoedia.com

on a grévé

On a grèvé
Denis Gheerbrant
Documentaire
France / 2013 / 1h10
Sortie 10 septembre 2014

DESCRIPTION  :
Elles s’appellent Oulimata, Mariam, Géraldine, Fatoumata… elles sont une quinzaine de femmes de chambres et pendant un mois elles vont affronter le deuxième groupe hôtelier d’Europe. Elles n’acceptent plus le salaire à la chambre, les heures données au patron, le mal de dos qui les casse et le mépris dans lequel elles sont tenues. « On a grèvé« , c’est la rencontre entre leur force et une stratégie syndicale pertinente.

 

CE QUE « GREVER » VEUT DIRE
« D’entrée de jeu, sur le bord du trottoir, ce matin-là, les femmes de chambre ont proclamé :
« On va grèver. »
« Oui, faut courage. »
« On va chanter, on va danser. »

Tout était là. D’un même geste, elles s’appropriaient l’espace public et défiaient la direction de leur hôtel.
Elles s’appropriaient la langue, celle du patron, du colon ou du « toubab » (« le supérieur » en wolof). « On a grèvé » : qui serait venu leur dire que « ça ne se dit pas » ?

« On a grèvé » nous dit l’Afrique, le chemin parcouru, hier par la traite des esclaves, aujourd’hui par l’émigration. Et si l’on y regarde de plus près, cette pratique hors droit du travail qui leur impose un salaire à la pièce, ne correspond-elle pas à une forme de délocalisation à domicile du travail ?

Mais avant même que cette grève n’atteigne son but, elles avaient déjà gagné sur le plan symbolique, le statut de travailleuses en lutte. De leur communauté d’origine, elles passaient à la communauté de tous les exploités qui se battent dans le monde.

Elles allaient faire de la rue la scène où chantaient celles qui devaient toujours accepter sans un mot, où dansaient celles dont les lits à faire, encore et encore, toujours plus vite, brisent le corps.

« On a grèvé », tout à la fois une séculaire tradition de résistance et la lutte des classes à l’heure de la mondialisation. »
Denis Gheerbrant

POURQUOI GREVER ?
« Au départ les femmes de chambre se plaignaient surtout de leurs fiches de paye, il y avait toujours des erreurs. Elles n’en pouvaient plus des cadences, elles se sentaient fragiles, elles faisaient tout ce qu’on leur demandait, elles n’osaient rien dire, elles avaient peur de perdre leur travail. Elles ne savaient pas, elles croyaient tout ce qu’on leur disait, elles croyaient que c’était normal. Maintenant c’est «eux» qui les écoutent. Elles font leur chambre normalement. Elles n’ont plus peur, elles connaissent leurs droits, on ne peut plus leur imposer ce qu’on veut.

Nous toutes on décide, il n’y a pas quelqu’un qui décide pour nous. »
Daba, gouvernante, juin 2014.

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POURQUOI « ON A GREVER » ?
Le réalisateur Denis Gheerbrant explique sa démarche cinématographique et politique dans ce documentaire, à savoir filmer le monde du nettoyage : « Les cinéastes ont toujours envie de filmer l’invisible, comme les peintres. Paul Klee l’a très bien formulé en son temps. Les personnes qui travaillent dans le nettoyage forment une main-d’oeuvre invisible, souterraine, méprisée, que l’on ne croise que dans le métro. Pour moi c’est là que tout commence, dans le métro quand vous vous dites : tiens, quelle existence ces gens ont-ils ? Ils viennent de quelque part, d’une culture et nous les maintenons à leur place de soutiers de notre économie en détournant notre regard. »

C’est en 2010 que Denis Gheerbrant a rencontré pour la première fois l’équipe de nettoyage de la Cité des Sciences et de l’Industrie. Il accompagna alors certains adhérents de la CNT Nettoyage durant six mois et put suivre des consultations juridiques. Cette expérience lui donna envie de traiter un autre point de vue, celui des principales concernées, les femmes de ménage : « Je ne cherchais pas à « donner la parole », parce que cela c’est encore un vieux mythe, mais à lever une parole, à créer l’espace qui lui permettra de se développer. Durant ces permanences, cela a été très difficile parce que précisément les invisibles se protègent dans cette invisibilité. Pour eux, une caméra c’est la télévision et la télévision c’est le lieu d’expression des gens de pouvoir. Ils ne se sentent pas partie intégrante de notre société, ils appartiennent d’abord à une communauté qu’ils ne se sentent pas autorisés à représenter », explique-t-il.

On a grèvé a été tourné en automne 2011, notamment lors de la première grève au Novotel les Halles, où le réalisateur et Etienne Deschamps de la CNT ont eu l’occasion d’interroger Claude Levy, de la CGT des hôtels de prestige et économiques.

Pour être au plus proche de la réalité, Claude Levy prévenait Denis Gheerbrant à l’avance lorsque des manifestations avaient lieu : « C’est un conflit pensé un an en amont. Pour beaucoup, ce sont des membres du personnel de l’hôtel qui ont contribué à la syndicalisation des femmes de chambres. Alors même que le plus souvent, comme au Novotel les Halles, le personnel engagé directement par l’hôtel se positionne clairement et parfois violemment contre les grévistes. Donc le jour J où se déclenche la grève, il n’y a que deux femmes qui ne sont pas syndiquées sur une petite vingtaine« , raconte le réalisateur.

Denis Gheerbrant

DENIS GHEERBRANT
A la sortie de l’IDHEC – devenue FEMIS -, Denis Gheerbrant se tourne vers la photographie documentaire en même temps qu’il fait ses premières armes de chef-opérateur. Une exposition dans le cadre du Festival d’Automne à Paris est très remarquée, tandis que des réalisateurs de longs métrages, fictions ou documentaires, l’invitent à des aventures comme celle d’Histoire d’Adrien, Caméra d’or en 1980.
Au même moment, il réalise le premier film d’une longue série. Ces films sont souvent diffusés en salles et à partir de 1989 il se consacre exclusivement au documentaire. Depuis 1984, il tourne en solo, que ce soit en argentique ou en numérique, à son rythme. De plus en plus souvent, il monte lui-même ses films.

Filmographie

  • Printemps de square (1981) 80mn.
  • Amour rue de Lappe (1984) 60 mn.
  • Question d’identité (1985) 55 mn.
  • Prix du filmmaker, Bilan du film ethnographique.
  • Histoire de parole (1986) 30 mn.
  • Et la vie (1991) 90mn. Prix de la compétition internationale et de la SCAM au festival “Vues sur les docs” Marseille 1991. Sortie en salles en 2002.
  •  La vie est immense et pleine de dangers (1992) 80 mn. Sortie en salles en 1995.
  •  Grands comme le monde (1998) 90mn. Sortie en salles en 1999.
  • Le voyage à la mer (2001) 92 mn.  Prix Planète, Vues sur les docs 2001. Sortie en salles en 2002.
  • Une lettre à Johan Van Der Keuken (2002) 30 mn.
  • Après, un voyage au Rwanda (2003)  100 mn. Sortie en salles en 2005.
  • La république Marseille (2009) 6 h. Une suite de 7 films. Sortie en salle en 2010.

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