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Le Déserteur de Léonide Moguy à l’Institut Lumière

Dans le cadre du cycle que consacre l’Institut Lumière à La Grande guerre,  une séance unique est proposée vendredi  12 décembre à 19h de « Le Déserteur  » de Léonide Moguy.

Toutes les informations pratiques sur www.institut-lumiere.org

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Le Déserteur
De Léonide Moguy
Avec Jean-Pierre Aumont, Corinne Luchaire, Berthe Bovy, Édouard Delmont

France , 1939, 1h25

Synopsis

Paul déserte son poste de soldat pour quelques heures, afin de retrouver ses parents et sa fiancée… L’un des coups de coeur présentés par Quentin Tarantino au festival Lumière 2013.

A PROPOS DU FILM

Je t entendraiLe cinéma de Moguy est connu par les spécialistes pour son caractère social, teinté d’un certain romanesque mélodramatique. Il se plaisait à mettre en scène des personnages issus de milieux plutôt défavorisés, au cœur d’intrigues noires et portées par un ton sans concession. Cela n’a d’ailleurs pas échappé à la censure, puisqu’à la sortie du film en 1939, son titre fût jugé trop pessimiste : Le Déserteur fût alors renommé J’attendrai. Son récit se déroule pendant la Première Guerre mondiale. Un convoi de troupes est immobilisé sur une voie ferrée : Paul, qui se sait proche de son village natal, déserte pour quelques heures. Il souhaite de retrouver ses parents, mais brûle surtout de revoir sa fiancée, Marie. Mais rien ne se passe comme il l’avait imaginé, et se retrouve au cœur d’un drame causé par la jalousie de sa mère.

Le film est fidèle aux thèmes de prédilection du cinéaste russe. Il entre de plein pied dans le cinéma français de la période, et évoque plus particulièrement le réalisme poétique, dominant alors la production nationale avec des films comme la Bête Humaine, ou Quai des Brumes. Outre son sujet réaliste et social, Le Déserteur recèle nombre de points propres à ce courant, à commencer par des personnages maudits, marqués par le fatalisme. Il en va de même pour l’importance des dialogues : ici, ciselés comme dans d’autres films de l’époque, ils sont au centre du dispositif narratif en mettant en évidence les enjeux dramatiques. D’où la quantité de plans sous forme de portraits très serrés lors des échanges, servant à mettre en avant le verbe avant tout. On peut enfin citer une esthétique bien particulière, où la photographie sublime un jeu d’ombre et de lumière très marqué, où les décors sont unilatéralement sombres et brumeux.

Au-delà de tous ces éléments propres au réalisme poétique, le film porte la marque d’un récit plus populaire, plus classique. Sa construction narrative tourne autour d’un système de compte à rebours traditionnel (mais efficace) propre à tout film à suspense : Paul a une heure pour régler ses affaires et retourner auprès de son régiment afin d’échapper à la cour martiale. On note aussi la sempiternelle unité de temps et de lieu, ainsi que le thème d’inéluctabilité du destin, autant d’éléments appartenant au canon de la tragédie classique. Malgré leur côté social, les personnages sont brossés à gros trait : entre le méchant borgne patibulaire, les policiers plus que franchouillards ou la mère-poule castratrice, la palme revient à nos deux amoureux constamment baignés d’un halo de lumière. Clairement, entre son classicisme et ses références constantes au réalisme poétique, Le Déserteur / J’attendrai sonne comme un condensé du cinéma français des années 30.

Source Le Journal International

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JEAN AURENCHE PARTICIPE AU SCENARIO

Jean Aurenche, illustre scénariste, à qui l’on devra, entre autres, les excellents L’Auberge rouge (1951), La Traversée de Paris (1956), L’Horloger de Saint-Paul (1974), ou encore Coup de torchon (1981), vient de terminer l’écriture d’Hôtel du Nord de Marcel Carné (1938) lorsqu’il collabore avec Léonide Moguy. Aurenche, pour qui scénariser, c’était être voyant, « montrer la nature humaine, reproduire la vérité » (Jean Aurenche, La Suite à l’écran, Institut Lumière/Actes Sud, 1993), forme un duo efficace avec le cinéaste, dont il partage les mêmes visions. Précisons que Jacques Companeez et Marcel Achard  ont également collaboré à l’écriture du scénario et des dialogues de « Le Déserteur ».

LEONIDE MOGUY

Léonide Moguy

Léonide Moguy

Léonide Moguy, nom d’artiste de Leonid Moguilewsky1, est un réalisateur français d’origine russe, né le 14 juillet 1898 à Saint-Pétersbourg (Russie).

Licencié en droit et en économie politique de l’université d’Odessa, Léonide Moguy commence sa carrière cinématographique dans des emplois techniques. Il est promu directeur des laboratoires du cinéma scientifique à Moscou en 1928, puis émigre en France en 1929 . Il devient monteur pour Marcel L’Herbier (Le scandale) et Max Ophüls (Divine) notamment, puis assistant réalisateur Baccara (1935), Léonide Moguy se lance dans la réalisation avec Le Mioche (1936), film sur le problème des enfants abandonnés, et il doit attendre deux ans pour obtenir la sympathie du public avec Prison sans barreaux (1938), généreux plaidoyer pour l’instauration d’un régime plus libéral dans les prisons pour femmes. Léonide Moguy exploite ces succès et devient un spécialiste de films sociaux au ton mélodramatique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie aux Etats-Unis où il signe trois films de série B, dont Tragique rendez-vous (1945), qui marque les débuts d’Ava Gardner. Il se fixe pour un temps en Italie et nous offre Demain, il sera trop tard (1950), un film en faveur de l’éducation sexuelle des adolescents. Ses films suivants s’attachent à mettre en scène les grands problèmes sociaux et politiques de son temps, de la prostitution (Le Long des trottoirs, 1956) à la peur atomique (Les Hommes veulent vivre, 1961).

Quand il met un terme à sa carrière, Léonide Moguy se consacre à la direction du département cinématographique de la Croix-Rouge. Il meurt le 21 avril 1976 à Paris.

FICHE TECHNIQUE

  • Le Déserteur / Je t’attendrai
  • France, 1939, 1h25, noir et blanc, format 1.33
  • Réalisation : Léonide Moguy
  • Scénario : Jacques Companeez, Jean Aurenche, Marcel Achard
  • Photo : Robert Lefebvre
  • Musique : Henri Verdun, Arthur Honegger
  • Montage : Pierre de Hérain
  • Décors : Robert Gys
  • Production : Arnold Pressburger, Eclair-Journal
  • Interprètes : Jean-Pierre Aumont (Paul Marchand), Corinne Luchaire (Marie), Berthe Bovy (Mme Marchand, la mère de Paul), Édouard Delmont (M. Marchand, le père de Paul), Raymond Aimos (le sergent Lecœur), René Bergeron (Auguste), Roland Armontel (un soldat), Madeleine Corbal (la serveuse), Roger Legris (Blaise, le domestique)
  • Sortie en France : 18 mars 1939

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