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Charlie’s Country de Rolf De Heer

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Charlie’s Country
De Rolf De Heer
Avec David Gulpilil, Peter Djigirr, Luke Ford
Australie, 2013, 1h48. 

Sortie mercredi 17 décembre 2014.

SYNOPSIS

Charlie est un ancien guerrier aborigène. Alors que le gouvernement augmente son emprise sur le mode de vie traditionnel de sa communauté, Charlie se joue et déjoue des policiers sur son chemin. Perdu entre deux cultures, il décide de retourner vivre dans le bush à la manière des anciens. Mais Charlie prendra un autre chemin,celui de sa propre rédemption.

La troisième partie d’une trilogie pleine d’humour et d’émotion autour du comédien aborigène David Gulpilil, prix du meilleur acteur à Un Certain Regard 2014.

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A PROPOS DU FILM

Charlie’s country marque un certain tournant dans l’œuvre insolite de Rolf de Heer, cinéaste australien à qui on doit des films aussi inclassables que Bad Boy Bubby (1993) ou La chambre tranquille (1996). Comme dans 10 canoës, 150 lances et 3 épouses, fable écolo distanciée,  le réalisateur montre une volonté de s’ouvrir à un plus large public.

Rolf De Heer, fait le choix de n’écrire aucun dialogue. Il voulait ainsi laisser la « vie » et la spontanéité de David Gulpilil, scénariste et premier rôle, s’exprimer, en anglais ou dans sa langue natale le yolngu.

Le film montre l’intégration difficile d’une communauté encore victime de la domination des Blancs. L’une des séquences emblématiques montre ainsi Charlie procurer de l’alcool à ses pairs, privés quant à eux de l’autorisation d’en acheter. Sans être lourdement accusateur ni manichéen, Rolf de Heer donne à son film une touche humaniste qui ne verse jamais dans le sentimentalisme. Le charme réel de Charlie’s country doit  à l’acteur aborigène David Gulpilil, qui a participé à l’élaboration du scénario. Très populaire en Australie, il y a tourné des films majeurs dont La randonnée (N. Roeg, 1971) et La dernière vague (P. Weir, 1977), tout en participant à des productions américaines. La sobriété de son jeu et sa puissance d’expression corporelle dégagent une émotion réelle. Il a obtenu le prix mérité du meilleur acteur dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014.

UN PROJET ECRIT PAR ROLF DE HEER POUR SON AMI DAVID GULPILIL

« L’histoire de Charlie’s Country prend ses racines chez les peuples aborigènes d’Australie – leur culture, leur manière de vivre, leur histoire – mais le point de départ du film vient de mon ami, David Gulpilil. L’histoire du personnage, Charlie, commence par l’histoire de David.

Quand j’ai appris en 2011 que David était en prison, quelles qu’en soient les raisons, j’ai tout d’abord pensé que c’était une bonne chose, cela avait probablement sauvé la vie de David. Une tragédie avait ainsi peut-être été évitée. Puis je me suis demandé : pour combien de temps ?

Dès sa jeunesse, David a lutté contre le démon de l’alcool. Tout a commencé durant le tournage de son premier film, Walkabout, alors qu’il était un jeune garçon naïf de seize ans, où on a appris à David comment s’enivrer et ensuite comment se comporter pour donner l’impression d’être sobre. A vingt-deux ans, il rivalisait avec les plus grands buveurs, à tel point que pendant le tournage de Mad Dog Morgan, il fut emprisonné avec l’acteur américain Dennis Hopper, toxicomane et buveur invétéré.

Ensuite, David a vécu à Ramingining, une communauté “sobre”, ce qui l’a aidé à contrôler ses mauvais penchants. En raison d’une dispute tribale dont je n’ai jamais pu connaître les détails, David a quitté la communauté en 2004 pour devenir un sans abri, un « long grasser » à Darwin. David était censé revenir à Ramingining pour coréaliser le film Ten Canoes avec moi et jouer le rôle principal, mais sa peur de retourner dans sa communauté l’en a empêché. Par la suite, l’état de David s’est détérioré. Je le voyais de moins en moins. J’entendais parler de lui de temps de temps, mais rien de très positif. Puis ce fut la prison.

J’ai fait plus de 3 800 km pour lui rendre visite. Je n’avais aucune idée de l’état dans lequel j’allais le trouver et ce que je pouvais faire pour lui. La première fois, je l’ai trouvé fragile, déprimé ; son expression était presque sans vie (Alors que David est l’une des personnes les plus farouchement vivante » que je connaisse). Mais il y avait une chose qu’il voulait : faire encore un film – avec moi. J’ai réalisé que c’était peut-être la seule chose que je pouvais faire pour lui. Cela lui rendrait peut-être le goût de vivre, la confiance en lui et l’aiderait peut-être à prendre nouveau chemin vers une vie plus apaisée.

Pour que David puisse se réparer à travers ce projet, la force du film devait venir de lui. Il était nécessaire qu’il en devienne le protagoniste. J’ai décidé qu’il n’y aurait pas de dialogue écrit. David était donc libre de parler sa propre langue ou l’Anglais, comme cela lui viendrait. Je savais aussi que le personnage devait être proche de David, pour qu’il puisse improviser plus facilement et comprendre le qui, le où et le pourquoi du personnage à tout moment de l’histoire.

Nous avons commencé à nous voir, d’abord à la prison, ensuite dans un centre résidentiel de désintoxication pour alcooliques et toxicomanes aborigènes. Petit à petit David a recommencé à parler, et même si c’était de manière décousue, la vie revenait. J’ai commencé à prendre des notes, cherchant des idées, des scènes, des dialogues dans les mots de David.

Plus nous parlions, plus David s’enthousiasmait pour le projet. “C’est mon film, un film sur moi ! C’est ainsi qu’il en parlait souvent, bien que le “moi” signifiait surtout « fidèle à ce que j’ai vécu ». David a des idées politiques fortes concernant la race, la culture et les effets du déracinement culturel provoqué par la colonisation des Blancs sur son peuple. C’était dans cette direction qu’il voulait aller avec le film pour en faire quelque chose de politique et significatif et j’étais plus qu’heureux de le soutenir.

Ayant réussi à renoncer à l’alcool, David a été remis en liberté conditionnelle. Après un voyage plein d’émotion que nous avons effectué ensemble dans les espaces sauvages du Parc National de Kakadu pour trouver des lieux de tournage – ce qui était son premier voyage dans la brousse depuis son emprisonnement – nous avons fait face à la dernière épreuve importante pour pouvoir réaliser le film : le retour dans la communauté dont David avait été exilé. Je savais que pour les habitants de Ramingining il n’y avait pas de problème… c’était plutôt David qui devait surmonter ses propres peurs. C’est ce qu’il a fait quand il a vu que la communauté l’accueillait à bras ouverts. Je l’ai rarement vu pendant ces jours-là, parce qu’il passait la plupart de son temps avec les siens, se sentant enfin chez lui.

Vers la fin du voyage nous avons pris un bateau jusqu’à Gulparil, le pays de David dans le Marais d’Arafura et son lieu de naissance. A un moment, David a sauté du bateau et est parti en courant, me criant de le suivre.  Nous nous sommes dirigés vers un bosquet d’arbres et là, l’enthousiasme de David s’est transformé en concentration intense et il s’est mis à jouer l’histoire de sa naissance. Il y avait l’arbre sous lequel il était né, il y avait le rocher où son père s’était assis pour l’attendre. C’était son commencement, soixante ans auparavant. J’en appris plus sur mon ami David à ce moment là qu’à tout autre moment de nos douze ans d’amitié. Quelques mois plus tard, nous avons surmonté toutes les difficultés du tournage et nous avons fait un film intitulé Charlie’s Country, dans lequel David est aussi exceptionnel que je l’avais espéré. Ce film parle autant à David en tant que personne qu’en tant qu’acteur. Quand il voit le film, il passe par des émotions très profondes… il rit, il tremble, il est au bord des larmes et se met en colère contre cette politique et contre le monde.

Si le film parle évidemment de David, il ne raconte pas vraiment sa vie. David n’a jamais vécu à Ramingining durant la période d’”Intervention” du gouvernement australien, il n’a jamais disparu dans le bush pour vivre comme ses ancêtres, il n’a jamais été à l’hôpital de Darwin ou n’a jamais attaqué une voiture de police et n’est pas revenu chez lui pour enseigner la danse aux enfants. Bien qu’il soit possible que David fasse toutes ces choses dans l’avenir, pour le moment elles n’appartiennent qu’à Charlie. Mais ce film est bien un film sur David. C’est son chemin, le chemin de sa propre rédemption. « C’est mon film, un film sur moi !  » ROLF DE HEER (issu du dossier de presse de Nour films)

Charlie's Country

DAVID GULPILIL

Quand à l’âge de 17 ans, David Gulpilil illuminait l’écran dans Walkabout de Nicholas Roeg, il a fait bien plus que jouer un rôle. Sa prestation était si forte, imprégnée d’un nouveau type de jeu naturaliste, avec tant de grâce qu’elle a redéfini les perceptions d’ « aboriginalité », surtout en ce qui concerne le jeu d’acteur à l’écran.

Pendant dix ans, David est devenu l’acteur aborigène incontournable de sa génération, ouvrant la voie à la création de rôles et d’histoires écrits pour les aborigènes au moment même où l’industrie cinématographique australienne était en plein renouveau. Ses prestations charismatiques et inoubliables dans des films tels que Storm Boy, The Last Wave et Crocodile Dundee ont aidé à intégrer l’« aboriginalité » dans le cinéma populaire.

Dans son travail ultérieur, dont Rabbit-Proof FenceThe Tracker, Australia et Satellite Boy, David a apporté une grande dignité à la représentation de ce qu’être Aborigène veut dire. A travers ses prestations il a apporté une estime de soi inestimable à sa communauté.

David n’est pas seulement un acteur de cinéma. Il était un danseur hors pair, peut-être le danseur traditionnel le plus renommé d’Australie à une certaine époque. Il a écrit le texte de deux livres d’histoires pour enfants fondés sur les croyances de son peuple. Il a joué un one-man show autobiographique qui a eu un grand succès au Festival des Arts d’Adelaïde et au Théâtre Belvoir Street de Sydney. Il peint également. Ses peintures communiquent son respect pour le paysage, les peuples et la culture traditionnelle de son pays.

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