Au mois de mars, Le Bourreau, à l’affiche de Ciné collection dans les salles du GRAC

Ciné Collection vous propose chaque mois de voyager à travers l’histoire du cinéma pour voir ou revoir sur grand écran des oeuvres d’auteurs. Certaines séances sont accompagnées par les propos éclairés d’ un spécialiste ou d’ un cinéphile averti. Au mois de mars, Le Bourreau de Luis Garcia Berlanga avec Nino Manfredi sera à l’affiche.

Visualisez le programme complet : ici
Attention : la séance du 9 mars aux Alizés à Bron a dû être annulée.

Le bourreau

Le Boureau de Luis Garcia Berlanga
Avec  Maria Isbert, Julia Caba Alba, Nino Manfredi
Italie/Espagne, 1963, 1h28

Date de sortie 16 février 1965
Date de reprise 9 avril 2014

DESCRIPTION

Carmen est la fille d’Amadeo, le bourreau de la Cour de Madrid. Ses relations amoureuses sont une catastrophe. Tous les garçons qu’elle rencontre finissent par la quitter dès qu’ils apprennent la profession de son père.

José Luis est quant à lui un employé de pompes funèbres qui souffre les mêmes déboires avec les femmes. Sa rencontre avec Amadeo, dans le cadre de leurs activités professionnelles, débouchera sur son mariage avec Carmen. De par son travail, Amadeo possède un logement subventionné qu’il est sur le point de perdre, car il va partir à la retraite. Pour le conserver, il va tenter de convaincre son gendre d’accepter le poste de bourreau ainsi laissé vacant.  Jose Luis accepte le poste en en se jurant de ne jamais exécuter une sentence de mort en démissionnant sur le champ.

Or, un jour, une condamnation arrive et Jose Luis s’acquitte de sa tâche…

Le bourreau1

LES ORIGINES DU BOURREAU

« Il y a une dizaine d’années, un avocat de mes amis m’a parlé d’une exécution au garrot. Il m’a raconté qu’au dernier moment le bourreau avait eu une crise d’hystérie et qu’on avait dû lui faire des piqûres pour l’obliger à exercer son métier. De cette histoire est née une image, que j’ai d’ailleurs conservée. Je voyais deux groupes, l’un trainant le bourreau et l’autre le condamné.

Je n’imaginais pas que cette idée optique pût inspirer un film. Un jour, pourtant, un producteur me l’a suggéré, et Rafael Azcona (scénariste de Marco Ferreri pour El Cochecito), Ennio Flaiano et moi avons préparé un scénario. Pour moi, faire Le Bourreau, c’était une façon d’utiliser l’image qui m’avait frappé et aussi de dire que je suis contre la peine de mort. Je n’ai pas voulu évoquer simplement un cas spécial ou individuel.

J’ai voulu montrer que, dans le monde actuel, on peut perdre sa liberté pour assurer sa sécurité matérielle, si modeste soit-elle. Ici il s’agit d’un appartement, parce que la question du logement est aujourd’hui très importante. A travers le bourreau, qui triche avec lui-même car il sait bien qu’il ne peut pas ne pas tuer, j’ai voulu montrer la soumission de l’homme à la société.

N’est-ce pas la société qui fait les victimes et les bourreaux ? Je crois du reste que les Espagnols sont un peu en retard : je veux dire que nous avons à exprimer les rapports entre les hommes et la société et nous ne sommes pas encore prêts pour aborder des problèmes plus psychologiques, plus intimes. » Luis Garcia Berlanga, Dossier de presse Tamasa diffusion

Le bourreau2

UN FILM MAL PERCU PAR LE GOUVERNEMENT FRANQUISTE

Lors de sa sortie en salles en 1963, Le Bourreau a créé la polémique dans la manière dont il déconstruit la société espagnole des années 60 et dresse un réquisitoire virulent contre la peine de mort. Perçu comme un pamphlet politique, le gouvernement franquiste exige sa censure, et même l’ambassadeur espagnol à Rome, Alfredo Sánchez Bella, rédige une lettre à l’encontre du film à l’humour noir.

 Le Bourreau parvient néanmoins à s’afficher à la Mostra de Venise en 1963 et à remporter le Prix FIPRESCI, ainsi que le Prix de la Critique Internationale en 1964.

Le bourreau3

 LUIS GARCIA BERLANGA

Fils d’un propriétaire foncier, Luis García Berlanga suit des études chez les jésuites à Valence et en Suisse. Lorsque la guerre civile éclate en Espagne, il s’engage dans la division Azul qui combat avec les Allemands sur le front russe. De retour en Espagne, il étudie le droit, les lettres et la peinture avant d’entrer, en 1947, à l’Instituto de Investigaciones y Experiencias Cinematograficas. Il en sort avec la première promotion, en 1949.

Considéré comme un maître par ses pairs espagnols, Luis García Berlanga est l’auteur d’une œuvre qui ne se rattache à aucune école. Les cinéphiles se souviennent de son premier film, Ce couple heureux (1951), réalisé en collaboration avec Juan Antonio Bardem, un autre monstre sacré du cinéma espagnol durant le franquiste. Suit Bienvenue, Monsieur Marshall (1952), toujours d’après un scénario coécrit avec Bardem. Cette aimable satire de la société espagnole obtient un certain succès au festival de Cannes. Puis le cinéaste est victime de la censure du régime, par exemple Les Jeudis miraculeux (1957) sont ainsi bloqués durant quatre ans.

A partir de Placido (1961), le cinéaste entame une collaboration fructueuse avec le scénariste Rafael Azcona. Ensemble, ils construisent une œuvre grinçante, anticonformiste, qui met le plus souvent en scène des personnages dérisoires bercés par l’illusion de la réussite sociale.

Le Bourreau (1963), qui ridiculise le principe de la peine de mort, connaît encore de sérieux problèmes de censure, et le cinéaste doit attendre Grandeur nature (1974) pour véritablement se relancer.

Une fois le régime de Franco disparu, Luis García Berlanga retrouve sa veine anarchiste avec La Carabine nationale (1977), fable grotesque qui ne pardonne rien aux anciennes mœurs politiques espagnoles.

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