En avril, Lettre d’une inconnue de Max Ophuls est à l’affiche de Ciné Collection

Chaque mois Ciné Collection propose un film de patrimoine à  redécouvrir en salles. Lettre d’une inconnue de Marcel Ophuls est au programme du 1er avril au 4 mai 2015.  Certaines séances sont accompagnées par les propos éclairés d’un spécialiste ou d’un cinéphile averti.

Pour connaître les séances dans votre cinéma, télécharger le programme ici

lettre à une inconnue

Lettre d’une inconnue
Letter from an Unknown Woman
De Max Ophul
Avec Joan Fontaine, Louis Jourdan
USA, 1948, 1h27, N&B
Date de sortie 5 novembre 1948
Date de reprise 19 février 2014

Synopsis
Vienne, années 1900. A la veille d’une provocation en duel, Stefan Brand, un célèbre et séduisant pianiste sur le déclin, reçoit la lettre d’une certaine Lisa Berndle. Il découvre alors que celle-ci lui a voué toute sa vie un amour sans limites. Lisa revient sur ses différentes rencontres avec Stefan, depuis le jour où celui-ci s’installa à côté de chez elle et où elle tomba follement amoureuse de lui, pour ne jamais s’en défaire. Sa vie sera dès lors tragiquement liée à celle de Stefan…

Le plus grand film américain du cinéaste, qui, exilé, évoque la Vienne de la Belle Époque. Joan Fontaine, disparu récemment, est ardente et sensible, dans cette sublime adaptation de Stefan Zweig.

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« Pourquoi aller voir un film de répertoire alors qu’une dizaine de nouveaux sort en salle tous les mercredis ? L’inoubliable frimousse hésitante de Joan Fontaine se levant devant les mains du pianiste qu’elle adore, le voyage d’illusion d’une femme et d’un homme embarqués dans une attraction foraine, les écrits poignants d’une viennoise bovaryste scellée dans sa passion amoureuse. Voilà autant d’indices à la question légitime que chaque spectateur peut se poser.

Lorsqu’en 1948, Max Ophuls – le plus baroque des grands classiques, maître à filmer de Kubrick – adapte Stefan Zweig, il n’adresse pas un poème à son époque, mais entend bien composer un chant à tous les amours manqués comme aux passions déçues. Et des films qui cristallisent avec autant d’intensité émotionnelle des sentiments si forts, il n’en sort pas des dizaines tous les mercredis. Vous avez votre réponse. » Flavien Poncet, Ciné Mourguet à Ste-Foy-lès-Lyon

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A propos du film

Deuxième film de Max Ophuls tourné lors de son exil aux États-Unis, Lettre d’une inconnue est une adaptation somptueuse de la célèbre nouvelle de Stefan Zweig, publiée en 1922. Admirablement interprétée par Joan Fontaine – l’héroïne inoubliable de Rebecca – et par l’acteur français Louis Jourdan – connu pour son rôle de Gaston Lachaille dans Gigi –, cette oeuvre mélancolique décrit comme nulle autre les tourments de la passion amoureuse dans une Vienne fantasmatique. Cinq ans avant Madame de…, Max Ophuls brosse un formidable portrait de femme, ici victime d’un amour déraisonné pour un homme volage.

Le projet de ce film est initié par Joan Fontaine et son mari, le producteur William Dozier, lesquels souhaitent adapter la nouvelle de Zweig pour leur première réalisation au sein de leur nouvelle société Rampart Productions. Ils recrutent ensuite le producteur John Houseman ainsi que le scénariste Howard Koch – qui ont tous deux travaillé avec Orson Welles sur ses adaptations radiophoniques. Koch suggère à son tour d’embaucher le cinéaste européen Max Ophuls, qui a réalisé le film Liebelei vingt ans auparavant, au sujet très similaire. Ce « casting » est des plus alléchants : Ophuls et Houseman ont tous les deux acquis une certaine renommée auprès des cinéphiles, tandis que Fontaine et Koch ont chacun obtenu un Oscar® – avec Soupçons pour la première en 1941 et Casablanca pour le second en 1943.

Lettre d’une inconnue ne sera pourtant pas le succès tant attendu : les executives de chez Universal jugent le film trop « européen » et il ne sera que peu distribué aux États-Unis. Il sera finalement « réhabilité » quelques mois plus tard par un petit groupe de critiques britanniques avant d’être unanimement acclamé comme l’un des chefs-d’oeuvre de Max Ophuls.

Lors de l’adaptation de la nouvelle, le scénariste Howard Koch effectue quelques changements par rapport à l’oeuvre initiale : les deux protagonistes ont perdu leur anonymat, Stefan est ici musicien – et non écrivain comme chez Zweig – et la provocation en duel du héros est ajoutée à l’intrigue – cet élément faisant écho à un autre film de Max Ophuls, Liebelei(1932).

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« Exilé et chômeur dans l’Amérique des années 1940, Max Ophuls tourne ce film grâce à la protection d’un producteur hollywoodien cultivé (John Houseman). On y retrouve tout ce qu’il aime : Stefan Zweig, la Vienne du début du siècle et une héroïne, victime de l’égoïsme masculin. Il a déjà peint (dans Liebelei), il peindra encore (dans Madame de…) les tourments de la passion amoureuse qui propulse les personnages vers leur vérité, donc vers leur mort. Mais jamais avec cette cruauté. A plusieurs reprises, Stefan rencontre Liza, sans jamais la reconnaître. « Nous nous sommes vus quelque part », murmure-t-il, gentil, séducteur et indifférent. Au sens propre du terme, il ne voit pas celle qui ne vit que pour lui. Avec sa mise en scène d’une élégance et d’une précision extrêmes, Ophuls filme alors un grand amour malade, totalement fantasmé, peut-être même rêvé par l’héroïne. » Pierre Murat, Télérama.

Max Ophuls

max-ophulsMax Oppenheimer naît le 6 Mai 1902 à Saarbrücke en Allemagne, dans une famille d’industrielles juifs. Après des études classiques, il devient acteur de théâtre à l’orée des années 1920. Rapidement, Max, devenu Ophüls, devient un metteur en scène renommé, adaptant Shakespeare, Stefan Zweig, ou encore Goethe, futur terreau de son travail de cinéaste. Cette décennie est déterminante quant à sa carrière cinématographique, dont on en perçoit les traces dans son style fluide parsemé de longs travellings laissant la part belle aux acteurs.

Ses premiers pas au cinéma sont à l’initiative d’Anatole Litvak, qui l’engage comme dialoguiste et traducteur de Calais-Douvres (1931). Sa première réalisation, la même année, est une commande de la UFA, On préfère l’huile de foie de morue, moyen-métrage pour enfants écrit par Emeric Pressburger, futur comparse de Michael Powell. Ce premier film marque sa rencontre avec le chef opérateur d’Eugène Schüfftan, élément essentiel de l’esthétique si singulière que le réalisateur développe durant leurs cinq films en France.

Premier long-métrage, Le Studio Amoureux est une opérette, suivie de la Fiancée Vendue, d’après un opéra de Bedrich Smetana, première rencontre avec son co-scénariste Curt Alexander, lui aussi fidèle jusqu’en 1940. Œuvre de transition entre la période allemande et française, Libelei marque sa première incursion chez le dramaturge viennois Arthur Schnitzler avec le destin tragique d’une modeste jeune femme amoureuse d’un officier de la garde impériale de François-Joseph.

Comme certains de ses compatriotes à la même époque, Max Ophüls fuit le Nazisme en 1933, et effectue un premier crochet par l’Italie avec La Signora di Tutti, drame d’une chanteuse à succès se remémorant son passé après une tentative de suicide. Prenant la nationalité française en 1935, Ophüls réalise Divine, une satire du music-hall sur un scénario de Colette, puis La Tendre Ennemie, une comédie fantastique en flash-back suivant trois fantômes qui assistent au mariage de la fille de l’un d’eux.

Tourné en Hollande, La Comédie de l’Argent voit le duo Schüfftan/ Ophüls rivaliser d’audaces visuelles pour illustrer les aventures d’un bonimenteur de foire ; avant l’exotique Yoshiwara, ou la romance entre une geisha et un soldat franco-russe, tandis que Le Roman de Werther adapte Goethe. L’année 1940 est marquée par sa collaboration avec Edwige Feuillère, dans le drame Sans Lendemain, en mère de famille contrainte de devenir entraîneuse de revue, puis dans De Mayerling à Sarajevo.

Contraint une seconde fois à l’exil, Ophüls débarque à Hollywood en 1941. Bien que bénéficiant d’un statut de cinéaste culte, Ophüls navigue de projets avortés en projets avortés jusqu’en 1946, où Douglas Fairbanks Jr. lui confie la réalisation d’un film d’aventure, le bien nommé L’Exilé. Remontant dans l’estime des producteurs, Max Ophüls retrouve Stefan Zweig avec Lettre d’une inconnue, qui renoue avec son imaginaire nostalgique et romantique des années européennes, dans une Vienne du début du XXème siècle.

Ophüls exprime alors sa volonté de réaliser des films foncièrement « américains », d’abord avec le film noir Caught, mais surtout avec Les Désemparés, tous deux marquant les débuts américains de James Mason. Pour Les Désemparés, il laisse parler son intérêt pour le néo-réalisme italien et ancre pour la première fois son intrigue au cœur de la classe moyenne américaine de l’après-guerre. Mais les personnages de mère de famille (Joan Bennett) sensible au maître chanteur (James Mason), tous deux pris dans les contingences de leur milieu social respectif, ne déparent pas des bourgeois et aristocrates qu’Ophüls a décrit par le passé.

De retour en Europe en 1950, il entame la dernière partie de sa carrière. « Tournant » autour de l’amour sous toutes ses formes, La Ronde renoue avec Arthur Schnitzler pour son plus grand succès d’après-guerre. Un narrateur omniscient (Anton Walbrook) observe diverses histoires d’amour dans les rues de Vienne, où se croisent Simone Signoret, Serge Reggiani, Danielle Darrieux ou encore Gérard Philippe. Compilation de trois nouvelles de Guy de Maupassant, Le Plaisir reproduit le même principe : trois destins amoureux, entourés d’une galerie d’acteurs prestigieux.

Madame De… et Lola Montès se concentrent sur deux destins de femmes bafouées par la société. Dans Madame De…, Danielle Darrieux est une comtesse obligée de vendre ses bijoux de famille pour éponger des dettes de jeux, point de départ à une histoire d’adultère au cœur du Paris du XIXème siècle. Point d’orgue d’une filmographie exubérante, Lola Montès apparaît comme une conclusion logique avec ce personnage de courtisane expatriée à la Nouvelle-Orléans, devenue une attraction de cirque qui raconte en détail ses liaisons passées avec la noblesse européenne. Premier film en couleurs et en Scope pour Max Ophüls, c’est une œuvre coupée et remontée dans le dos de son créateur, et mal reçu par la critique à sa sortie pour ses partis pris esthétiques jugés trop osés. Cependant, c’est par ce film que la jeune garde de la Nouvelle Vague va le placer comme cinéaste de référence.

Déçu et en proie à des problèmes cardiaque, Max Ophüls retourne en Allemagne, pour une version théâtrale à succès du Mariage de Figaro. Il parvient à mener jusqu’aux premiers tours de manivelle, Montparnasse 19, un biopic sur le peintre Modigliani incarné par Gérard Philippe, avant d’être remplacé par Jacques Becker.

Max Ophüls s’éteind le 26 mars 1957, à Hambourg. Rares sont les cinéastes à être parvenu à construire une œuvre aussi unie thématiquement que formellement. Respecté par les plus grands metteurs en scène de son vivant, souvent comparé à Orson Welles, Max Ophüls reste l’un des plus grands cinéastes du XXème siècle.

 La biographie a comme source le site du distributeur Carlotta

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