A L'affiche....

Mustang, un premier film qui célèbre la fougue et l’esprit de la jeunesse turque

mustang_affiche-497e1

Mustang,
Réalisé par : Deniz Gamze Erguven
Avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan
France/Turquie, 2015, 1h37 

Date de sortie : 17 juin 2015

Quinzaine des réalisateurs- Festival de Cannes 2015

Synopsis

C’est le début de l’été. Dans un village au nord de la Turquie, Lale et ses quatre soeurs rentrent de l’école en jouant innocemment avec des garçons. La débauche supposée de leurs jeux suscite un scandale aux conséquences inattendues. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq soeurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

« Mustang porte bien son nom. Fougueux, sensuel et puissant comme un cheval au galop, il raconte l’histoire de cinq sœurs (…) confrontées à la difficulté d’être des filles dans un coin reculé de la Turquie d’aujourd’hui. »  Télérama.

Mustang

A propos du film

À l’image des mustangs, ces chevaux sauvages anciennement domestiqués, Lale, Nur, Ece, Selma et Sonay ont la fougue de l’innocence et un besoin effréné de liberté. Orphelines depuis l’enfance, les jeunes filles grandissent complices, sous l’autorité d’une grand-mère pétrie de traditions et d’un oncle tyrannique peu enclin à leur émancipation. Certaines sont réservées et fragiles, d’autres sont plus affirmées et revendicatrices, mais toutes ensemble font bloc dans une joyeuse fraternité pour conserver l’insouciance de leur adolescence.

Le film débute à la fin de l’année scolaire et les jeunes filles en uniforme (corsages blancs et jupes plissées bleu marine) font des adieux à leur professeur (qui part pour la grande ville, Istanbul), yeux humides et embrassades appuyées. Pour fêter le début de l’été, la bande de fille décide d’un petit détour par la plage avant de rentrer à la maison. Au bord de la Mer Noire, les cinq jeunes filles chahutent toutes habillées dans les vagues avec des garçons.  A cheval sur les épaules des garçons, elles sont belles, libres, joyeuses et ne pensent pas à mal. Mais, Il n’en faut pas plus pour déclencher un petit scandale. Les mentalités archaïques s’offusquent et punissent les criminelles en les revêtant de robes informes « couleur de merde », avant de basculer petit à petit dans une oppression cruelle et sordide.  Pour qu’elle ne recommencent pas les jeunes filles sont  interdites d’école et de sorties, elles sont reprises en main et préparées au mariage. Dans le même temps, barreaux aux fenêtres, encadrements et portes à verrous supplémentaires n’en finissent pas de transformer la grande maison en bois en véritable forteresse.

Impossible de raconter toutes les ruses mises en pratique par les cinq sœurs en furie pour échapper à leur destin programmé de filles à marier. Le spectateur partagent leur joie lorsqu’elle parviennent à rejoindre le car collectif qui conduit d’autres filles du village à un match de foot, interdit ce jour-là aux hommes, à la suite de violents débordements qui se sont produits lors de la rencontre sportive précédente. Mais assister à un tel match est de nouveau une violation d’interdits et la préparations aux mariages s’accélère.

mustang3

Au fur et à mesure que le film avance, la réalisatrice glisse petit à petit vers le drame, en marquant une à une, chaque étape du processus d’enfermement, voire d’aliénation auquel sont confrontées chacune des filles. Les liens s’effilochent. L’aînée parvient in extremis à épouser celui qu’elle aime, les suivantes n’ont pas cette ‘chance’, elles se soumettent résignées. La petite dernière Lale lutte ardemment. Elle refuse d’être mariée de force. La belle idée du film est de se focaliser sur le point de vue de la plus jeune sœur, celle qui reste, et de faire disparaître les aînées à mesure qu’elles se font épouser, les transformant en fantôme dès lors qu’elles passent sous la coupe d’un homme. L’une des belles idée du film est de se focaliser sur le point de vue de la plus jeune sœur, celle qui reste, et de faire disparaître les aînées à mesure qu’elles se font épouser, les transformant en fantôme dès lors qu’elles passent sous la coupe d’un homme. Au terme d’une évasion rocambolesque, Lale, la plus jeune,  arrive à fuir  avec l’aide de son ancienne enseignante et parvient à rejoindre un nouvel ‘Eden’.

La beauté du film est de jouer sur les deux registres : l’appétit de vivre de la jeunesse, et la lucidité d’une préadolescente qui a conscience qu’il faudra partir pour être libre, qu’importe le prix à payer. Nous ne pouvons pas ne pas mentionner, l’excellent musique de Warren Ellis, le violoniste de Nick Cave,

A noter que la réalisatrice prend soin de montrer une figure masculine positive en la personne de Yasin (Burak Yiğit), livreur en camionnette qui, intrigué et amusé par l’obstination de Lale à vouloir rejoindre Istanbul, commence à lui apprendre à conduire.

Pour son premier film, la réalisatrice fait preuve d’une énergie qui comme celle de ses actrices est de tous les plans. Née à Ankara, Deniz Gamze Ergüven, 37 ans, a grandi entre la Turquie et la France, et effectue en permanence  de nombreux  allers-retours entre les deux  pays.  Voici ce qu’elle déclare sur ses intentions concernant Mustang « Je ne voulais pas seulement dépeindre ces filles comme les victimes d’un système, mais également rendre compte de leur vitalité et de leur aspect résolument solaire, tourné vers la vie malgré tout. Quels que soient les cadres qui se referment de plus en plus sur elles, elles cherchent à préserver leur fougue et leur liberté intérieure. »

A la fois questionnement sur la place et la perception de la femme dans la société turque et réflexion sur le passage à l’âge adulte, Mustang est un premier long-métrage riche et bien mené qui célèbre la fougue de la jeunesse et la liberté.

 

Deniz Gamze Ergüven

Née à Ankara en 1978, Deniz Gamze Ergüven a, dès l’enfance, un parcours cosmopolite marqué par de nombreux aller-retours entre la France, la Turquie puis les Etats-Unis. Cinéphile compulsive, elle intègre le département Réalisation de la Fémis à Paris en 2002 après un diplôme de Lettres et une maitrise d’Histoire africaine à Johannesburg. Son film de fin d’études, « Bir Damla Su » (« Une goutte d’eau », 2006) est sélectionné à la Cinéfondation du Festival de Cannes et récompensé au Festival International de Locarno (section Léopards de demain). S’ouvrant sur l’image d’une femme voilée faisant une bulle de chewinggum, le court-métrage raconte la tentative d’émancipation d’une jeune turque (interprétée par Deniz elle-même) en rébellion contre le patriarcat et l’autoritarisme des hommes de sa communauté.

À sa sortie de la Fémis, Deniz Gamze Ergüven développe un premier projet de long-métrage situé durant les émeutes du Sud de Los Angeles en 1992. Intitulé « Kings », lauréat d’Émergence, de l’Atelier de la Cinéfondation, ainsi que du Sundance Screenwriter’s Lab, le projet est finalement mis de côté au profit de « Mustang » co-écrit avec Alice Winocour à l’été 2012.

Filmographie

  • 2014 Mustang (LM)
  • 2006 Bir damla su (Une goutte d’eau) (CM)
  • 2006 Mon trajet préféré (CM)

1 réponse »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s