A (Re)découvrir

Du 15 au 19 juillet, Mamma Roma de Pasolini à (re)découvrir au cinéma Le Zola

Le cinéma Le Zola, poursuit son voyage dans le cinéma italien, avec du mercredi 15 au dimanche 19 juillet, Mamma Roma de Pasolini.

Toutes les informations pratiques sur : www.lezola.com

mamma roma

Mamma Roma
Réalisé par Pier Paolo Pasolini
Avec Anna Magnani, Ettore Garofalo, Franco Citti
Italie, 1962, 1h56

Date de sortie 7 janvier 1976
Date de reprise 16 octobre 2013 – Version restaurée

Description : 

Mamma Roma, une prostituée d’âge mûr, est libérée de son souteneur à l’occasion du mariage de celui-ci.  Elle décide de s’en sortir, pour offrir à son fils une vie plus digne, Elle parvient à s’installer avec son fils Ettore, qui ne connait rien de son passé, dans un quartier un peu moins défavorisé de Rome et devient vendeuse sur un marché.

Alors qu’elle nourrit des espoirs de réussite pour son fils, celui-ci commence à traîner avec les jeunes désœuvrés du quartier. Mamma, désespérée, se confie à un prêtre et lui demande d’user de son influence pour lui trouver un emploi. Mais ce dernier refuse. Mamma tend alors un piège à un riche restaurateur et fait embaucher . Mais il n’y reste pas longtemps. Carmine, l’ex souteneur de Mamma, la retrouve et la menace de révéler à Ettore son passé. Mamma cède. Et elle voit Ettore sombrer de plus en plus dans la délinquance …

« Exemple rare et réussi de populisme mythologique, Mamma Roma est un film qui vous serre la gorge : le désespoir de Pasolini y est, déjà, absolu. Son génie aussi ». (Le Nouvel Observateur)

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A propos de la Mamma Roma

Pier Paolo Pasolini explique comment il a voulu avec Mamma Roma se démarquer de son précédent film Accattone : « Une des principales différences entre ce film et Accattone, c’est l’existence d’une conscience morale. Le personnage même d’Accattone vivait seul dans un monde fait de solitude. Accattone est également un film beaucoup plus statique que celui-ci. J’ai délibéremment filmé Mamma Roma comme je l’ai fait. Je voulais aussi que le montage soit plus rapide et tendu. L’attention accordée aux paysages, à cette périphérie de Rome, est directement déterminée par l’histoire. Alors que la vie d’Accattone se déroulait dans les bidonvilles de la ville, Mamma Roma vit dans le Rome des petits bourgeois, celui des logements municipaux. Cet environnement est nécessairement moins impressionnant visuellement. »

Deuxième film réalisé par Pier Paolo Pasolini après Accattone, Mamma Roma revisite le néoréalisme en associant aux terrains vagues et à la misère sociale une part d’innocence retrouvée. Tragédie des bas-fonds côtoyant parfois le grotesque portée à bout de bras par la performance d’Anna Magnani, cette œuvre touchante et engagée fait partie des chefs-d’œuvre du réalisateur de Salò.

Pier Paolo Pasolini décrit son utilisation de la musique pour Mamma Roma : « Il y a un motif qui accompagne sans cesse l’amour à la fois délicat et teinté de perversion entre Ettore et Bruna. C’est le concert en D mineur de Vivaldi. Il y a un second motif qui revient constamment quand le destin se profile à travers les apparitions de Carmine. C’est le concerto en C majeur. Il y a finalement le motif de la mort qui accopagne la mort d’Ettore. La musique a donc ici une importance capitale même si elle est toujours subordonnée aux dialogues et aux images. »

On retrouve dans Mamma Roma plusieurs références picturales. Par exemple, la scène du banquet au début du film est identique à celle peinte par Domenico Ghirlandajo pour le dernier repas du Christ. La seule différence vient du remplacement de Judas par des cochons.

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Un film porté par Anna Magnani avec des acteurs bénévoles

La réussite de Mamma Roma doit beaucoup à la performance d’Anna Magnani. L’actrice qui s’était déjà fait un nom grâce à ses rôles dans Rome ville ouverte ou Le Carrosse d’or avait été tellement impressionnée par Accattone qu’elle insista auprès du producteur de Pier Paolo Pasolini pour tourner avec le cinéaste. Ce dernier écrivit Mamma Roma pour elle. Parcompte, sur le tournage, Pier Paolo Pasolini ne s’entend pas avec son actrice principale. Anna Magnani. souhaite réciter ses textes dans la continuité afin que le dialogue soit plus naturel alors que le cinéaste veut découper au maximum les scènes parlées lors du tournage

Au milieu de tournage de Mamma Roma , l’acteur Franco Citti est arrêté. Pasolini refuse de le remplacer et attend qu’il sorte de prison pour finir le film. Le tournage commence le 9 avril 1962 pour se terminer à la fin du mois d’août de la même année.

Pour être le plus réaliste possible, Pier Paolo Pasolini prit la décision de tourner en extérieur avec des acteurs pour la plupart non-professionnels. Ettore Garofalo qui joue le jeune adolescent du film était le jeune frère d’un ami de Pier Paolo Pasolini. le cinéaste le découvrit dans un restaurant où celui-ci travaillait et aurait déclaré : « Je l’ai trouvé l’autre nuit. c’était quelque chose de très beau comme trouver le dernier vers, le plus important, d’un poème, trouver la dernière rime. » Pasolini finit alors son scénario qui ne lui demanda que trois semaines de travail autour de la personnalité de son futur acteur.

« S’il devait rester un rôle de la Magnani, c’est peut-être celui-là. » Télérama

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Le scandale

A sa présentation au Festival du film de Venise où il reçut le Prix de la critique internationale, un policier porta plainte contre Mamma Roma pour obscénité. La copie anglaise du film fut coupée de 5 minutes par les censeurs et il a fallu attendre 1995 pour que le film soit distribué en salle aux Etats-Unis. Pier Paolo Pasolini fut personnellement attaqué par un jeune néo-fasciste lors de la première du film à Rome.

Pier Paola Pasolini

pasoliniNé en 1922 à Bologne, Pier Paolo Pasolini subit durant son enfance de nombreux déménagements à travers l’Italie en raison des affectations militaires de son père. En 1929, il se découvre une passion pour le dessin et la poésie, dans lesquels il trouve un véritable refuge. Il se lance dans des études de lettres à l’université de Bologne, période durant laquelle il continue à explorer le monde artistique en se mettant lui-même à peindre et à écrire, notamment en frioulan.

 En 1943, à la veille de l’Armistice, il est appelé à faire son service militaire, ordre auquel il désobéit. Jusqu’à la fin de la guerre, Pasolini fonde chez lui une école gratuite dans laquelle il enseigne, en poursuivant parallèlement ses études de lettres. En 1946, il publie un recueil de poésie, ce qui lui permet de percer dans le monde littéraire et d’éditer d’autres œuvres, dont La meglio gioventù, pour lequel il est récompensé.

 Il aborde le cinéma en tant que scénariste pour La Fille du fleuve de Mario Soldati, qu’il coécrit avec Giorgio Bassani. Partagé entre ses activités littéraires et son engagement dans le parti communiste, Pasolini se découvre une passion pour le cinéma, et voit en cet art une nouvelle voie qui s’ouvre à lui.

Il écrit le scénario de Marisa la civetta de Mauro Bolognini et collabore avec Federico Fellini sur Les Nuits de Cabiria, qu’il assistera dans la réalisation d’une scène de La Dolce Vita. Il écrit des scénarios jusqu’au début des années soixante, alternant avec ses romans, dont certains font scandale, puis se lance dans un projet de film personnel, Accattone. Présenté en 1961 à la Mostra de Venise, le film suscite l’enthousiasme des cinéastes parisiens, contrairement à la critique italienne. Le film, que l’on reconnait comme néo-réaliste, raconte l’histoire d’un jeune proxénète romain, qui s’inscrit dans un monde bien réel où règne la misère et le crime.

Il poursuit sa jeune carrière de réalisateur avec le succès Mamma Roma (1962), interprété par Anna Magnani, qui prolonge lui aussi le néo-réalisme par le thème de l’errance, les paysages en ruines et les personnages issus de la pauvreté. Cette même année, Pasolini découvre l’Evangile selon Saint Matthieu, qu’il souhaite porter à l’écran. Mais avant de se lancer dans ce vaste projet, il participe à un film à épisodes aux côtés de Rossellini et Godard, et signe le court métrage La Ricotta en 1963, qui lui vaut d’être accusé d’insulte à la religion, et d’être censuré quelques mois. Ces mésaventures ne le découragent pas, bien au contraire, puisqu’il se lance dans la préparation du tournage de Il Vangelo secundo Matteo (L’Evangile selon Saint Mathieu), durant laquelle il réalise un film enquête sur la vie sexuelle des Italiens, Comizi d’amore,tout en poursuivant sa carrière de poète et d’écrivain. Il Vangelo secundo Matteo se termine en 1964, et est aussitôt présenté à La Mostra de Venise et à Paris où il est mal accueilli par les intellectuels de gauche. Malgré un échec critique, le film rencontre cependant un certain succès auprès du public, ce qui lui permet de participer à la Prima mostra internazionale del nuovo cinema à Pesaro.

 L’année suivante, Pasolini choisit d’aborder la crise politique interne du Parti communiste italien dansUccellaci e uccellini (Des oiseaux, petits et gros), interprété par le clown Totò afin de jouer avec les frontières du réel et du surréalisme. Lors de sa présentation à Cannes, le film est applaudi, et réconcilie les critiques avec le cinéaste, qui, à cause de tous les scandales et procès dont il a fait l’objet, ne voyaient en lui plus qu’un provocateur. Intrigué par le poids de la fatalité dans les tragédies antiques, il poursuit sa filmographie avec l’adaptation d’Edipo Re (Œdipe roi) de Sophocle en 1967 puis Medea (Médée) d’Euripide en 1970. En 1968, il porte également à l’écran son roman Teorema (Theorème), qu’il présente à Cannes, et qui lui vaut la consécration de la critique.

Il se lance ensuite dans un projet qu’il nomme sa « trilogie de la vie », constitué de Il Decameron (Le Decameron), I racconti di Canterbury (Les Contes de Canterbury) et I fiore delle mille e una notte (Les Mille et Une nuits), à travers lequel il tente de concilier un cinéma culturel et populaire en prenant en toile de fond des contes, des mythes et des légendes.

En 1975, il réalise Salo o le 120 giornate di Sodoma (Salo ou les 120 Journées de Sodome), qui mêle pornographie et torture, et présente le sexe non plus comme une libération mais comme un moyen d’asservir. Il est assassiné cette même année, alors qu’il devait participer au film Brutti Sprochi et CattiviAffreux Sales et Méchants) d’Ettore Scola.

Tout au long de sa carrière, par ses films et ses écrits dans lesquels il ne cache ni son homosexualité, ni ses idées communistes, ni sa vision sulfureuse de la religion, Pier Paolo Pasolini s’est attiré les foudres de l’Eglise chrétienne, des marxistes et des fascistes. Mais d’un point de vue artistique, son travail est largement admiré et reste parmi les références du cinéma d’auteur italien, notamment grâce à son prolongement du néo-réalisme, à son engagement politique et son sens poétique.
 
Filmographie sélective

  • 1961 : Accattone
  • 1962 : Mamma Roma
  • 1963 : La Ricotta, sketch de Rogopag
  • 1964 : Il Vangelo secondo Matteo (L’Évangile selon saint Matthieu)
  • 1965 : Comizi d’amore (Enquête sur la sexualité)
  • 1966 : Uccellacci e uccellini s (Des oiseaux, petits et gros)
  • 1967 : Edipo Re (Œdipe roi)
  • 1968 : Teorema (Théorème)
  • 1969 : Porcile (Porcherie)
  • 1969 : Medea (Médée)
  • 1969 : Appunti per un Orestiade africana (Carnet de notes pour une Orestie africaine)
  • 1971 : Il Decamerone (Le Décaméron)
  • 1972 : I racconti di Canterbury (Les Contes de Canterbury)
  • 1974 : Il fiore delle mille e una notte (Les Mille et Une Nuits)
  • 1974 : Salò o le 120 giornate di Sodoma (Salò ou les 120 journées de Sodome)

Source Carlotta Distribution

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