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[Festival Lumière], Témoignage d’une survivante de la Nuit de la peur

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J’ai pris mon courage à deux mains et me suis ruée vers la billetterie la plus proche pour me procurer une place pour la Nuit de la peur, qui s’est tenue samedi 17 octobre de 21h à 6h à la Halle Tony Garnier. Je m’y suis rendue seule, le cœur battant, par un soir froid et obscur. A mon arrivée, la foule amassée devant les grilles de la Halle est immense. Nous sommes des milliers à nous ruer vers la salle qui restera obscure toute la nuit.

En entrant, je constate que tous les spectateurs font un arrêt au bar pour se ravitailler en nourriture et boissons afin de tenir le choc. J’ai l’estomac légèrement noué à l’idée d’être scotchée pendant des heures devant un écran diffusant des visions d’horreur, alors je me dirige les mains vides vers une place libre – relativement difficile à trouver -, et m’emmitoufle dans mon plaid en attendant le commencement.

On vient nous présenter le déroulement de la soirée : quatre films d’horreur d’environ 1h30 chacun vont s’enchaîner (The Thing, La Nuit des morts-vivants, Insidious et Evil Dead), entrecoupés par des extraits de films en hommage notamment à Alain Chabat (ayant joué dans l’horriblement comique Cité de la Peur) et au feu Christopher Lee (Dracula himself dans Le Cauchemar de Dracula, Dracula père et fils, Dracula vit toujours à Londres…). On nous rappelle qu’un dortoir est disponible pour les cinéphiles aux paupières lourdes. A l’idée de faire des cauchemars, je préfère encore garder les yeux ouverts.

Dans un tonnerre d’applaudissements et une foule en liesse qui s’est immédiatement levée, Alain Chabat fait son apparition. Il s’est laissé poussé les cheveux, mais malgré la distance qui me sépare de la scène, je reconnais bien son humour : il rappelle au public que le dortoir peut aussi apporter du réconfort à ceux qui se seraient faits dans le pantalon, ou plutôt qui auraient « chié dans leur benne », pour reprendre sa réjouissante formulation.

Sans plus attendre, les lumières s’éteignent et la nuit terrifiante qui nous attend commence fort avec The Thing de John Carpenter, en version restaurée VOST pour le plus grand bonheur des cinéphiles et des spectateurs venus de loin qui maîtrisent la langue de Shakespeare. Le public est particulièrement réactif et soudé : nous sursautons ensemble, nous grimaçons ensemble, et même parfois nous rions nerveusement en chœur. A l’apparition du « The End », tonnerre d’applaudissements. On conseille à ceux qui faibliraient déjà de reprendre des forces au dortoir durant la projection du deuxième film, La Nuit des morts-vivants, car on nous avertit qu’il ne faut rater sous aucun prétexte Insidious, diffusé en troisième partie.

Autre film, autre thème. On passe d’un film à gros budget admirablement bien servi par des effets spéciaux hyper réalistes (le talent de Rob Bottin, en charge des effets spéciaux de The Thing, est indéniable) à un film interprété par des amateurs, notamment dans le rôle des zombies de La Nuit des morts-vivants. A l’issue de la deuxième projection, je regarde ma montre : minuit a déjà sonné depuis longtemps. Je suis toujours d’aplomb pour voir Insidious, d’autant plus que la variété des films sélectionnés attise ma curiosité.

En effet, The Thing est un chef-d’œuvre du genre en raison de la prouesse technique des effets spéciaux – la Chose est si visqueuse et animée qu’elle semble sortir de l’écran par moments – et de la dimension psychologique très forte tout au long du film – on constate les hauts et les bas au sein d’une équipe de scientifiques, seule au milieu de nulle part, qui se soude et se déchire au rythme des aléas. Quant à La Nuit des morts-vivants, si le jeu des zombies peut prêter à rire (rappelons que ce sont des amateurs !), la dimension théâtrale de la mise en scène, avec ses personnages stéréotypés (l’homme de raison, la femme hystérique, le père de famille insupportable…) et l’ambiance de huis clos créent un effet particulièrement intéressant, même si certains aspects sont liés au budget limité du film.

Après m’être dégourdie les jambes et étiré les lombaires pendant l’entracte, je constate que les rares spectateurs du dortoir sont revenus pour ne pas rater le tant attendu Insidious. Les premières images du film, agrémentées d’une bande son qui vous prend aux tripes, me clouent à mon siège. Le rythme du film est effectivement intense, chaque scène a priori paisible bascule dans l’horreur grâce à l’apparition furtive d’images presque subliminales qui vous obsèdent tout le long. Le film renouvelle habilement les codes du genre – la fameuse maison hantée, les cauchemars et le paranormal –, à la fois en hommage aux films d’horreur mais aussi pour s’en moquer – on ne peut que rire nerveusement devant la maladresse des chasseurs de fantômes. Je ne me permettrai pas le spoil, mais la chute du film est terrifiante à souhait.

Je regarde ma montre : il est bientôt 4h du matin. Mes paupières s’alourdissent, mais la peur de cauchemarder après ces trois films me tient en éveil. Les extraits qui précèdent la projection d’Evil Dead montrent les déboires des réalisateurs avec la justice pour des raisons de censure et de classification. Beaucoup de bruit pour rien, même si l’on ne peut pas nier le caractère très gore du film. Une fois de plus, on entre dans une nouvelle atmosphère : des vacanciers naïfs s’installent dans une sinistre bicoque au beau milieu d’une lugubre forêt. Leur naïveté les amène invoquer des forces maléfiques qui prendront possession d’eux. Mes yeux fatigués reprennent vie face à la violence des images. Alors qu’Insidious boycottait la vision du sang, ici on ne peut échapper aux torrents d’hémoglobine et de substances répugnantes en tout genre. C’est horrible, c’est gore, et pourtant, les spectateurs toujours très nombreux rient nerveusement et vont même jusqu’à applaudir les scènes jusqu’au-boutiste qui font d’Evil Dead un film culte.

Il est 5h30 passées, la Nuit de la peur vient de finir, l’aube pointe le bout de son nez. Je me sens victorieuse, après avoir survécu à 4 projections, plus de 6 heures de visionnage et près de 8 heures passées sur un siège. Je me dirige en suivant la foule – comme une horde de zombies – vers le buffet du petit-déjeuner. Café et jus d’orange pour sortir de sa torpeur, cakes, croissants et compotes pour refaire le plein d’énergie. Après l’horreur, le réconfort. Je me sens comme une survivante de cette nuit incroyablement palpitante. C’est la première fois de ma vie que j’enchaîne autant de films en si peu de temps. Alors que je me réjouis d’un deuxième petit cake au chocolat, on m’invite à quitter la Halle. Je n’ai que deux envies : retrouver mon lit douillet, et découvrir le programme de la prochaine Nuit du Festival Lumière en 2016 !

19/10/2015, S. MULLER

4 réponses »

  1. Salut ! Juste pour préciser deux points : Chabat n’est pas le réalisateur de la cité de la peur, mais Alain Berbérian. Ensuite, il n’y aura pas de nuit de la peur en 2016, car la thématique change d’une année sur l’autre (nuit Alien, nuit de la musique, etc.)

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  2. Bon article. Quoi qu’un peu bref.
    Si je peux me permettre le programme de la prochaine nuit du cinéma, par ce que le thème change chaque année (À lien, monthy python, rock, SF, guerre, …) donc l’année prochaine pas de nuit de la peur mais peut etre nuit de la comédie musicale, ou du film de gangster,…ce qui peut porter a confusion le lecteur.

    La nuit était génial comme chaque année avec une programation bien rythmé qui ne faisait pas fermer loeil.

    PS : petit oubli sur l’hommage a Wes Craven.

    Merci pour cet article qui décrit la super ambiance de cette nuit du cine ma.

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  3. ma version des faits. Notons l’ironie, que je suis un goravore averti et trentenaire.
    La nuit de la peur dans la halle tony garnier.
    Attention article long ( ouh là là .. )
    Un, l’ambiance.
    4500 personnes .. des trop jeunes au quadra .. venus pour se faire peur sans vérifier l’âge ni l’histoire des films.
    Le titre de la soirée était vendeur, les gens s’attendaient à avoir aussi peur que perdu dans une foret sans lumiére, aussi peur qu’avec un briquet dans un couloir noir infesté de mygales, mais les films sont dans l’écran c’est con ..
    La venue d’alain chabat : il y à eut une de ces foires , il est sympa mais il aurait pas été la, ca aurait été pareil.

    The thing : magnifique copie restaurée du classique de carpenter. A vieilli mais ne l’ayant pas vu depuis au moins 22/23 ans, en vhs sur une télé cathodique .. je ne pus que me réjouir de cet écran géant.
    Dans la salle, premier film, ambiance du tonnerre et déja .. certains dorment…..

    Entracte I : Hommage à christopher Lee. un montage vidéo succint de ses meilleurs films.

    La nuit des morts vivants N&B.
    Cette fois ci j’en ai ma claque de voir ce film, je ne veux plus jamais le voir. Absolument toute la salle complété s’est fait chier.
    c’est un classique mais on s’en fout.
    çà à plombé l’ambiance, rempli le dortoir, fais tourner les jeux vidéos sur smartphone, m’a fais chier au plus haut point. je l’ai vu plusieurs, fois suis cinéphile, ils mettent des classique mais on s’en fout. ce film est vieux, on l’a tous expurgé z’aurait du mettre Zombie ou le projet blair witch.

    Entracte II : un café .. et hommage à wes craven, parti trop tot .. me manquera ..

    Insidious : Le point d’orgue tant attendu de la soirée par 85% de la salle compléte.
    Une ambiance de folie ( et y’en à qui dormait !)
    des cris à tout-và, ( dont les miens).
    le voir dans la halle tony garnier sur un écran super géant fut une expérience .. totalement flippante et délicate .. génial ..

    Entracte III -> il est 3h40 20% vont se pieuter, d’autre se cassent .

    Un document  » rare » sur evil dead est censé être dévoilé. Rare mon cul !!! il est en bonus dans les dvd et le blu ray, tu parles d’une rareté !

    Evil dead : enfin le film que j’ai attendu toute la soirée arrive sur l’écran et là !!
    dés la présentation du logo, outré, dépité, j’ai hurlé de rage !
    c’etait la copie originale 35mm crépitante, et pleine d’erreur de pellicules, de poussiéres.
    Purisme certains crieront, oui super çà aurait été bien si leur système était pas haute définition, qu’on à supporté le film en MONO !!!! et que certains images bavaient .. vu qu’ils ont dégotté la copie restaurée de the thing, ils auraient au moins pu dégotter la bobine restaurée de 2001 .. en dolby digital .. çà m’a dégoutté, personne à aimé le film, tout le monde s’est fait chier, le son était criard, les images baveuses.. pfff ..

    Pour finir, petit déjeuner moyen et bonne soirée quand meme .; surtout pour l’ambiance mais remboursez nos invitations.

    PS / jouez à  » il va faire noir » —>  » ta gueule avec Alain chabat çà n’a pas de prix ..

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