A (Re)découvrir

[CinéCollection] Du 30 octobre au 30 novembre, Les Yeux sans visage dans les salles du GRAC

CinéCollection propose chaque mois de voyager à travers l’histoire du cinéma pour voir ou revoir sur grand écran les oeuvres d’auteurs. Certaines séances sont accompagnées par les propos éclairés d’un spécialiste ou d’un cinéphile averti. Les titres sont proposés en copies restaurées au format numérique dans près de 30 salles adhérentes au réseau GRAC.

Au mois de novembre, deux classiques du cinéma fantastique sont à l’affiche, Les Yeux sans visage de Georges Franju et Les Innocents (film, 1961) de Jack Clayton. 

Programme à télécharger

Nous vous proposons un zoom sur Les Yeux sans visage de Georges Franju 

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Réalisé par GEORGES FRANJU
Avec Alida Valli, JULIETTE MAYNIEL, Pierre Brasseur, Edith Scob
Fr / It / 1960 / 1h28 / N&B

Synopsis
Un célèbre chirurgien veut redonner forme humaine au visage de sa fille, défigurée lors d’un accident de voiture. Il lui greffe le masque dermique d’une jeune et jolie femme. L’opération réussit, mais peu après, la peau se ride. Le docteur tente de nouveau l’expérience avec une nouvelle victime.

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« Grande réussite du fantastique poétique, cette œuvre de Franju est désormais culte. Le jeu grandiose de Pierre Brasseur et la grâce d’Edith Scob contribuent à son pouvoir d’attraction. » AvoirAlire.com

A propos du film

« Les yeux sans visage occupe une place très singulière dans l’histoire du cinéma français, qui n’a jamais été friand d’épouvante ou de fantastique. Mais si le film penche vers ces genres, il n’est cependant réductible à aucun d’entre eux.

Le synopsis (un chirurgien tue des jeunes femmes pour récupérer leur visage et le greffer sur celui de sa fille défigurée) peut faire songer à un film d’épouvante, or ce n’est pas l’horreur pour l’horreur qui intéresse ici Georges Franju mais plutôt la façon dont elle s’inscrit dans le quotidien d’une famille bourgeoise respectable en apparence. Ici, le « savant fou » n’est pas un monstre mais un paisible médecin d’une tranquille ville de banlieue. Et la scène la plus sanglante est une opération chirurgicale. Certes, on y voit la peau d’un visage être lentement découpée au scalpel puis soigneusement décollée de la chair d’une victime anesthésiée, mais c’est bien la froideur médicale et la précision du geste qui la rendent inquiétante et non une surenchère de sang ou de cris qui ne ferait que répondre à des codes cinématographiques connus et donc rassurants.

Chez Franju, la peur ne relève pas de l’artifice mais d’un rapport plus profond au monde. Lui qui commença par filmer des abattoirs (Le sang des bêtes) et des gueules cassées (Hôtel des Invalides), voulait se confronter à ce qui l’impressionnait et l’angoissait. Il affirmait aussi que seul le réalisme l’intéressait et que son travail consistait à montrer la beauté de la réalité, non pas une beauté fabriquée mais celle qui se révèle lorsqu’on prend le temps de regarder avec des yeux neufs, lavés des habitudes. Il liait cette recherche conjointe de l’angoisse, de la beauté et du réalisme dans un terme qu’il employait souvent : l’insolite. L’insolite n’est pas le merveilleux ou l’extraordinaire mais l’étrangeté qui se niche au cœur même du quotidien, du banal. Et c’est là que Franju touche parfois au fantastique, pas le fantastique qui flirte avec le surnaturel mais celui qui naît de la nature même du cinéma, cet art capable de déplacer les frontières de la perception. Ainsi, son attachement au noir et blanc est lié au pouvoir quasi alchimique qu’il accordait à la pellicule : en noir et blanc, la lumière et la matière passent dans une autre dimension.

Pour Franju la révélation de l’insolite consistait notamment à donner la même qualité de mystère à tous ses plans et toutes ses scènes. Par exemple, il faut voir avec quel soin il charge d’angoisse un simple plan de transition, celui de l’arrivée de la DS de Génessier à la morgue où la voiture noire se met à ressembler à un immense scarabée. L’insolite c’est aussi cette capacité à conférer aux choses une présence hors du commun, par le cadre, la durée, la lumière, tandis que les humains semblent au contraire s’absenter de la vie.
Christiane, condamnée à rester enfermée chez elle, avec un masque blanc en guise de visage, ne se tient-elle pas exactement entre le monde des vivants et celui des choses, entre l’animé et l’inanimé ? Franju propose ainsi une cruelle réflexion sur la façon dont la forme et la matière cinématographiques peuvent agir sur le visage des acteurs. Le masque de Christiane est comme le celluloïd se substituant à la peau, tandis que l’opération chirurgicale montre un visage littéralement découpé par un gros plan !

Les yeux sans visage est une tragédie, celle d’une jeune femme qui attend un visage pour pouvoir retourner parmi les vivants, et celle d’un père prêt à tout pour mettre sa fille au monde une seconde fois. Mais c’est aussi une forme de déclaration d’amour d’un cinéaste à une actrice. Franju était en effet fasciné par la beauté singulière d’Édith Scob et il lui rend un bouleversant hommage en faisant de la recherche de son visage le cœur du drame et l’obsession d’un homme. »

Marcos Uzal  pour www.acrif.org

 

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